Nous descendîmes une côte rapide, nous traversâmes le village de Berrien, où quelques paysans endimanchés jouaient aux boules sous des arbres devant l'église, et nous fûmes en vue de Huëlgoat. C'était un grand vallon couché entre deux coteaux boisés, frissonnants et lumineux ; le bourg s'asseyait au milieu avec les clochers de ses deux églises, son étang blanc de nénuphars, son moulin, son ruisseau desséché et sa large plaine de bruyères parsemées d’ énormes roche à reflet d’ argent.

Par les champs et par les grèves ( un voyage en Bretagne) par Gustave Flaubert et Maxime Du Camp de 1847.

Le récit de voyage de Gustave Geffroy  en 1902

 Ma Lithographie du bourg du  Huëlgoat de Benoist en 1860

  lithographie de Benoist en 1860.Collection personnelle

 

Le célébre tableau "Bretonnes à la mare" de 1892 de Maurice Denis.C'est bien les lavoirs du chaos du moulin. En haut à gauche du tableau :le mur du moulin. Il était surement venu voir son copain Paul Sérusier au Huelgoat du mouvement Nabi comme étaient Paul Gauguin, Pierre Bonnard ,Emile Bernard Toulouse-Lautrec et Vincent Van Gogh décédé deux ans avant . .


 Ce tableau de Verkale est bien  un paysage du bourg du Huëlgoat en 1892 !

 Je reconnais au premier plan le moulin du chaos,  les maisons de la rue des Cendres et  la prison du lac aujourd'hui disparu et la tour du coché . Je ne pense pas à  Pont-Avent  et son moulin rien à voir!   Regardez bien mon cliché de 1880 du chaos du moulin .C'est  la vue  à droite du moulin de mon cliché sur le bourg dans le bois sur les hauteurs de ce magnifique chaos de pierres qui aujourd'hui n'excite plus !

1876

 


Collection personnel  droit réservé

 L'unique Positif sur Papier albuminé de la place du Huëlgoat et sa halle ,

la halle fut détruite en 1876.le massif occidental  de l' église(tour, chambre des cloches et flèche) date de 1871


Collection personnel  droit réservé

 

 

Collection personnel  droit réservé

http://www.archives-finistere.fr/

 

  La place  du  Huëlgoat coté lac .Un forum gallo- romain?

collection personelle

 

Le Huëlgoat, célèbre par la mine de plomb argentifère qui enest voisine, et qu'où exploite depuis quatre siècles, est un bourg assez considérable et très ancien. On y peut voir beaucoup de maisons d'une construction et d'une architecture antique, et entièrement en pierres de taille, Un peu avant d'entrer dans ce bourg on trouve, sur un petit tertre ombragé de vieux chênes, la chapelle de N. D. des Cieux, bâtie en 1580. On y remarque des corniches de bois sculptées assez singulières.Nous en avons retrouvé des vestiges du château du Huëlgoat sur le bord du chemin qui conduit du village du Huëlgoat à la mine de plomb.La mine du Huëlgoat se trouve à un fort quart de lieue duvillage; on y arrive par un chemin des plus agréables pratiqués sur le versant d'un vallon. Ce chemin, bien entretenu, est ombragé de frais bocages et bordé dans toute sa longueur par un ruisseau d'eau vive qui va mettre en mouvement les machines nombreuses employées à l'exploitation du minerai. En le parcourant j'arrivai au pied d'un rocher qui domine la vallée et au sommet duquel sont les restes d'une très-antique forteresse, appelée Castel Guibel. C'était encore une de ces grosses tours isolées dont nous avons parlé bien des fois et qui se rencontrent dans le Finistère en plus grand nombre que dans toute autre partie de la France. .( Christophe-Paulin de La Poix Fréminville en 1832 ).

Le premier cadastre du XIX siècle

 

La carte emblématique du bourg du  Huëlgoat élaborée par la société minière

 

.Elle date du Second-Empire,le géomètre de la Mine a oublié le chemin escarpée en flanc de colline, du bas de La venelle  de Carn-ar-guillou  qui rejoignait le Pont -Ru et le relai de poste du village du Squiriou sur la voie royale Carhaix-Morlaix.

Pourquoi il manque  la portion du canal de la mine du tunel au chaos en contre- bas du bourg?

En fait il n'y a pas d'erreurs : Avant la construction du tunnel  du canal sous le bourg, le bief chargé d' amener l'eau était en amont du site actuel, un seuil de barrage un déversoir pour dériver ou évacuer l'eau retenue derrière le barrage fixe du moulin du chaos,un perthuis , aux roues à aubes des moulins à martinets et  à soufflets des bas-fours  de la fonte du minerai d' argent entre le canal  supérieur actuel et la butte du chateau du Gouffre de l'exploitation minière du fin du  Moyen-Age . Ce bief disparu était  ce grand fossé entre le bourg et la rue des Cieux  qu' enjambait le Pont du Four aujourd'hui  remblayé lors de la création de la route nationale 164 . De ce fait, l' aménagement du Lac actuel n'a pas été créé sous  Louis XV, mais sous les ducs de Bretagne .

 


 

Les Ducs de Bretagne  tenaient garnison au Huëlgoat à son château qui avait le statut de châtellenie, de place forte ou de ville close du Duché de Bretagne) . Le centre de cette ville close devait être à l'emplacement de la place du bourg du Huëlgoat. En 1844, un voyageur reconnaissait ici des traces d'anciennes fortifications éparses sur le sol. En fait , elles sont toujours là? La ville close du Huëlgoat  n'est pas Vitré ni Concarneau ,elle n' était pas une fortification militaire du XIV siècle ?  mais  cette petite ville de quelques centaines de foyers  était entourée de hauts murs de pierres pour symboliser son statut de ville ducale puis royale et aussi se protéger des incursions des loups .

Quant à Huëlgoat, c'est une petite ville de 1171 habitants. Elle a été autrefois fortifiée, comme on le reconnaît aux traces d'anciennes fortifications éparses sur le sol.Nous en avons retrouvé des vestiges du château du Huelgoat sur le bord du chemin qui conduit du village du Huelgoat à la mine de plomb.( Christophe-Paulin de La Poix Fréminville en 1832 ). J’ ai redécouvert ces ruines des  fortication ce château ducal du Huelgoat .Elle sont toujours là 183 ans après .C'est ce long mur de pierres, dans les broussailles, il est en contre-bas du château de la nouvelle Mairie .Le nom de ce quartier derrière l’église saint Yves où se trouve ces ruines s’appelle Pont- Pasquiou ( source orale d' un ancien qui a passé toute sa jeunesse chez sa soeur  ainée dans les quartiers, coté église) du nom du pont, cette grande pierre qui enjambe le canal de la Mine. Je pense ce nom ne désigne pas une personne mais un lieu. Ce peut qu’être que Pont-salliou c'est-à-dire le pont qui mène aux châteaux au Moyen- âge (celui du bourg, celui du kastell- ar – gwibel celui d’Artus et aussi celui du Kastell –ar Valy .Sal vient de la langue francique, il désigne en breton au Moyen-âge, le château habité par des soldats de langue française, au pluriel en breton c’est salliou comme à Locmaria Kersalliou.

 

Ce long mur de pierres,je viens le découvrir dans les broussailles, il est en contre-bas de la nouvelle Mairie et du canal de la Mine.Serait il l' un des vestiges des murailles de ce chateau féodal?

http://www.unicaen.fr/crahm/archeomed/spip.php?article297


 

Le bois du Saouelec où est le site du chaos et de la roche tremblante est un bois communal depuis 1903. Il fut  acheté par la commune grace au combat des militants du Touring club  de France créé en 1890 et de la Société pour la protection des paysages de France, créée par Sully-Prudhomme en 1901.Notre chaos du Saoulec fut ainsi protégé de la dévastation  des carrières de pierres. (la crêperie qui est située prés du ménage de la Vierge fut construite sur l'emplacement  de cette ancienne carrière de granit)  .

C'est en fait le premier site naturel qui fut sauvé et classé en France  par l'achat d'une collectivité locale en 1903 bien avant  la loi de l' état français de 1906 sur la protection des monuments naturels et des sites.( le premier site protégé fut  les rochers de la forêt de Fontainebleau en 1861)

Il  semble qu'on prenne plaisir en ce pays d'Huëlgoat à entasser ruines sur  ruines. C'est ainsi qu'on est en train de transformer en carrière à moellons le magnifique chaos de pierres dont la description se lit partout. La dévastation  monte du fond du ravin et gagne de jour en jour. Elle n'a pas encore atteint toutefois le " Ménage de la Vierge ". On sait qu'on appelle  de ce nom des amas de rochers dont quelques-uns affectent de vagues apparences de meubles et d'ustensiles. Là, d'après la légende, Notre-Dame des Cieux avait primitivement sa maison; et on vous montre les diverses pièces de son mobilier cyclopéen, le lit où elle se couchait, l'armoire où elle enfermait son linge, le chaudron où elle faisait la lessive, la marmite ronde qui lui servait à cuire ses repas, et enfin le berceau branlant - un énorme tronc de granit creusé en forme de barque  où elle endormait l'Enfant-Dieu, au bruit du torrent qui écu les roches et s'abîme on ne sait pas où dans le sein mystérieux de la terre. La protection de Notre-Dame suffira-t-elle à sauvegarder du vandalisme  qui les menace, ces nobles pierres qui lui sont consacrées ?         

Anatole Le Bras Les annales de Bretagne 1893

une exploitation du granit

La carrière Loirat

Quand  le marteau pneumatique et le compresseur arrivèrent dans les carrières, le progrès pour la profession. Mais? il faut le dire ,80% des tailleurs de granit ne profitèrent jamais de leurs retraites, la cité du Fao a été créée dans les années 1960 où ils avaient construit leurs maisons neuves ,elle est appelée la cité des veuves. " décédèrent avec le cancer", du aux poussières radio- actives du granit et sa silice. On disait qu'"ils étaient  partis avec le vin". Gosse j'avais fait cette relation du aux nombreux morts jeunes des pères carriers de mes copains de collège et quand  je le disais aux aînés, j'entendais mon" pégément"  ,ils me répondaient " toi le gosse , le fils d' un  Ré-gwen "tu es toujours contre tous et toi tu es contre le travail, tu es avec les Koulak et les capitalistes". Je me vente depuis d’être le premier écologiste du canton . J’ai toujours refusé d’adhérer à leurs mouvements  quand on connaît ceux des Monts d'Arez., des opportunistes et des Bobo.

La silice est un cancérigène

http://www.irsst.qc.ca/media/documents/fr/prev/v20_02/7-14.pdf

http://www.irsst.qc.ca/media/documents/fr/prev/v20_02/7-14.pdf

collection personnelle  

La  carte postale sur Huëlgoat occultée que j'ai en possession.

La carrière de Charles Ritz de cette carte postale était situé entre la roche tremblante et le Ménage de la Vierge.  

 

Ces magnifiques rochers du site du Ménage de la Vierge n'existent plus. Il ne reste aujourd'hui que la roche tremblante qui a failli aussi être transformer en pierres de construction ( on remarque sur celle ci des fentes de dilatations qui  la devait conduire à son élimination. par la carrière de l' huelgoatain Charles Ritz . Les Ritz d' Huëlgoat portent le nom de leur ancêtre né en Germanie venu au Huëlgoat pour travailler dans les mines. Une  légende locale pour les touristes veut que soient les allemands qui avaient eu l'attention de miner notre Roche en créant ces fentes de dilatations  pour se venger des exactions des résistants Huelgoatains  juste avant la Libération  du bourg en août 1944.

Le rocher de Saint Guinec sur la commune du Huelgoat aujourd'hui fut rayé des cartes par les carriers dans les années d'après guerre .

On voit à St Guinec une pierre de 18 à 20 pieds de diamètre} l'eau de pluie, sans cesse agitée par le vent, l'a creusée à 8 pouces de profondeur sur une largeur de 4 pieds : l'eau renfermée dans le bassin guérit toute espèce de maux., les maladies de la peau sur-tout : on la boit, on s'en lave, on voudrait s'y baigner. Le tronc qui l'avoisine , était toujours rempli. Cet effet des eaux n'est pas rare en Bretagne ; on le trouve souvent  répété sur la route de Concarneau à Pontaven , sur l'île Tristan

Jacques Cambry  Voyage dans le Finistère ou état de ce département en 1794 et 1795

Par les champs et par les grèves ( un voyage en Bretagne) : par Gustave Flaubert et Maxime Du Camp de 1847.

La route s'usait sous les roues de notre voiture ; le soleil était chaud : nous causions et nous nous demandions : l'amour n'est-il qu'une curiosité ?

De grandes landes se montrèrent devant nous sans buissons, sans maisons, sans brebis ; quelques rochers grisâtres les crêtelaient et leur donnaient en miniature l'apparence des sierras espagnoles c'étaient les montagnes d'Arrée .

Nous descendîmes une côte rapide, nous traversâmes le village de Berrien, où quelques paysans endimanchés jouaient aux boules sous des arbres devant l'église, et nous fûmes en vue de Huelgoat. C'était un grand vallon couché entre deux coteaux boisés, frissonnants et lumineux ; le bourg s'asseyait au milieu avec les clochers de ses deux églises, son étang blanc de nénuphars, son moulin, son ruisseau desséché et sa large plaine de bruyères parsemées d’ énormes roche à reflet d’ argent.

Nous mîmes pied à terre sur la place à l'auberge du Château d'Argent, dont l'hôte riait toujours et portait un bonnet de coton, et, sans plus nous inquiéter des jérémiades de notre conducteur qui se lamentait fort d'avoir brisé le marchepied de sa carriole, nous prîmes un guide qui nous conduisit à la pierre branlante .Elle branla ! Après que nous eûmes cherché longtemps un point d'oscillation à grand renfort de leviers, à l'effort de nos six bras réunis, il est vrai ! Mais enfin, elle branla et nous perdîmes enfin l'illusion de l'immobilité des pierres branlantes ou qui branlent, ainsi qu'on vous indique dans un chapitre précédent.

Autrefois, le lutrin de l'église de Huelgoat s'appuyait sur un groupe de bois composé d'un jeune homme et d'une bacchante vêtue du costume gaulois. Ces sculptures avaient violemment excité l'imagination des antiquaires qui en concluaient à outrance que les druides avaient mêlé le culte de Bacchus à ceux de Kirk et de Tarann, dieux des vents et du tonnerre ; mais il a disparu comme tant d'autres reliques, et peut-être a-t-il servi de bûche de derrière à la cheminée du curé de l'endroit.

Donc, n'ayant plus rien à voir dans le bourg, nous en sortîmes en traversant un carré de choux domestiques qui se pommelaient paisiblement de chaque côté d'un étroit sentier ; nous enjambâmes un espalier et nous rencontrâmes un petit ruisseau canalisé qui coulait à travers de grandes prairies. Nous le suivîmes. Des tas de foin coupé embaumaient l'air, de vertes demoiselles voltigeaient sur l'eau, on entendait dans les herbes le bruissement des scarabées, il faisait doux et chaud, nous marchions l'un devant l'autre, silencieux et comme pénétrés par les tendres émanations de la nature.

Un bois s'ouvrait devant nous ; nous y entrâmes et, quand nous y fûmes entrés, nous ne voulûmes plus en sortir.

Le terrain se creusait et rebondissait, doré par la mousse et treillage de ronces et de lianes. Il n'y avait que des hêtres fins, jeunes, élancés, grappus et verdissants. Leurs feuilles luisantes tremblaient sur leurs tiges ; des oiseaux chantaient et étaient le seul bruit de la nature ; sur le sable du chemin, on voyait la trace des pieds d'un mulet ; le ruisseau babillait entre ses berges herbues, ridant ses eaux contre les grosses pierres, doublant le promontoire des vieilles racines, s'enfonçant ici, reparaissant là, écorchant ses rives et emportant quelques fougères qu'il emperlait de gouttelettes d'argent. Le soleil passait à travers le feuillage et blanchissait de ses taches lumineuses les arbres, le courant, les gazons et le sentier ; c'était un dessous de bois comme Diaz en a fait souvent.

Des rochers nous apparurent ; ils montaient les uns par-dessus les autres et dominaient un ravin où dormait une petite flaque d'eau. Ce lieu est terrible, car là s'élevait un château formidable et, du haut de ses créneaux, Car Ahès, que d'autres nomment Dahut, la fille maudite du roi Gradlon, faisait précipiter dans le gouffre ses amants épuisés. Parfois, pendant les nuits d'orage, on entend leurs voix qui brament sinistrement et demandent une sépulture en terre bénite. On nous raconta aussi qu'il y a dix ans, un chien tomba dans ce précipice, y resta huit jours et en sortit fort maigre.

Au-delà du bois verdoie une prairie haute et vigoureuse ; elle descend une pente qui rejoint un petit étang, derrière lequel s'étagent quelques maisons. Nous nous couchâmes dans les grandes herbes, écoutant le bruit monotone d'un moulin à foulon et regardant les nuées blanches qui planaient dans le ciel. Je ne sais pourquoi, pendant que j'étais étendu ainsi sur le dos, je me pris à penser à la pointe du Raz, je revis les grottes livides et les écueils déchiquetés battus par la mer, tout en conservant la perception distincte de l'amoureuse nature qui nous environnait, et je me demandais quel était le puissant génie créateur qui avait engendré toutes ces diversités.

Cependant, le soleil baissait et devenait rouge. Nous partîmes pour regagner Huelgoat. Longtemps nous errâmes sans pouvoir trouver notre route ; nous suivions les sentiers frayés et nous tombions toujours dans quelque clairière ouverte au milieu des bois ; ainsi que des écoliers échappés du collège, nous franchissions le ruisseau, nous récitions des vers en marchant ; personne ne passait ; nous allions libres, le cou nu et les cheveux au vent. Ah, qu'il est bon de faire de tels voyages ! Mais combien il est lamentable d'en être revenu !

Depuis deux heures, nous cheminions sans trouver d'issue à nos pas ; et, comme ces Robinsons perdus dans les îles désertes, nous grimpions sur des rochers pour reconnaître notre but ; nous y touchions ; un taillis, une haie, un champ de bruyère et nous atteignîmes le clocher ; nous y arrivâmes après nous être souvent retournés pour apercevoir encore ces bois où nous avions tout oublié. Le lendemain, vers six heures du matin, nous y passâmes de nouveau. L'air était froid et sentait bon mais, cette fois, nous n'étions plus seuls et un guide nous précédait. C'était un petit homme chaussé d'escarpins, sautillant, sourd, ennuyeux, bavard et qui parlait avec une voix grêle qui glapissait comme celle d'un castrat en colère.Il nous conduisait à la Mine ; nous aurions voulu descendre un peu dans les entrailles de la terre pour voir l'effet des lampes dans les longs corridors humides, mais, comme monsieur l'inspecteur avait été la veille danser au pardon de Poullaouën, qu'il n'était pas encore revenu et que nous n'avions pas le temps d'attendre son retour, nous restâmes en plein air, et le ciel était si beau que nous n'en fûmes pas fâchés. Mais nous allâmes voir sous de grands hangars des femmes qui lavaient une boue jaunâtre d'où s'étire l'argent et qui tamisaient une poussière violette qui devient du plomb. Nous étions accompagnés par un contremaître qui était fort savant et puait l'eau-de-vie. Il nous parla de cuivre oxydulé, de panabase, de pyrite cubique, d'aphanèse, de cyanose, de bezeline, d'arseniare, de nickel, et nous n'y comprîmes rien. Deux heures après, nous étions prêts à partir pour Carhaix et nous fûmes mis dans notre chemin par notre hôte lui-même, qui, pour nous saluer, souleva son bonnet de coton.

En avant, en avant, le soleil dévore, nos bâtons sont légers dans nos mains, la sueur mouille nos habits ; la poussière tourbillonne sous nos pas, les hêtres qui ombragent la route s'inclinent sans remuer leurs feuilles. Là-bas, à l'horizon, on voit de grandes lignes brunes qui sont des forêts et de larges plaines jaunes qui sont des champs de blé. Nous gravissons, nous descendons les collines ; une rivière passe, nous y trempons nos pieds brûlants, nous mettons du chèvrefeuille à nos chapeaux et, derrière nous, un jeune homme court pieds nus pour entendre les chansons que nous chantons en marchant.

La Bretagne / parM. Jules Janin

Date d'édition  1844

(Extrait sur mon pays)

Carhaix, ville triste, mal pavée, placée entre les montagnes Noires  et les montagnes d'Àrré ; à peine si l’on y sent quelque peu de mouvement et de vie. La gloire de cette ville vouée à l'ennui, c'est d'avoir donné le jour à ce héros, l'honneur des armées françaises, Théophile Malo Corret de Kcrheauffret, ou, pour mieux dire, La Tour d'Auvergne, né dans ces murs le 23 décembre 1743.

Au sortir de Carhaix, vous traversez la petite rivière l'Hière, et bientôt se rencontre Poulaouën (le village de la peur), situé sur un vaste plateau. Au milieu d'une lande retentissent les fonderies et les machines énormes qui-servent à l'exploitation des mines de plomb argentifère; des roues à l'immense circonférence, à moitié enfouies dans la terre, servent à épuiser l'eau qui suinte dans les profondeurs de la mine. L'aspect de cette plaine est triste, silencieux, monotone; toute l'activité est dans les entrailles de la terre. — Les mines d'Huëlgoat sont voisines de Poulaouën, elles sont plus riches. Cette dernière mine produit annuellement 4,600,000 kilog. de minerai brut, que l'on réduit à 370,000 kilog. de minerai pour la fonte. Huëlgoat occupe une gorge profonde, au milieu d'un site véritablement alpestre. Les montagnes boisées sont couvertes d'édifices perdus dans la verdure; le paysage s'anime du bruit des cascades et de la voix des femmes qui, les bras nus, lavent le minerai en chantant les chansons du pays.

Rien de charmant et de pittoresque comme le sentier qui mène de la mine au bourg de Huëlgoat. Figurez-vous, serpentant le long de la montagne, une chaussée large et bien sablée qui sert à conduire les eaux; ces eaux donnent le mouvement aux machines obéissantes. Au-dessus de votre tète s'élèvent des chênes gigantesques ; l'acacia sauvage, les mélèzes, les frênes, les sorbiers chargés de leurs baies éclatantes forment, de leurs feuillages entrelacés, une voûte impénétrable aux rayons du soleil. Sous vos pieds le sol abrupte se précipite brusquement dans une vallée sonore, profonde, pleine  de grands arbres; à travers le feuillage complaisant, l'œil charmé peut entrevoir mille échappées du ciel, de la lumière et de la terre, des montagnes arides ou boisées, des vallées plantureuses, des rochers énormes, debout comme des fantômes, riche ensemble entremêlé du murmure argentin dés fontaines, que les oiseaux accompagnent de leurs mille chansons. Et pourtant ce n'est pas encore toute la joie qui vous attend, il est encore d'autres enchantements qui se préparent, des surprises nouvelles, des magnificences inattendues, car à la.limite du sentier s'ouvre, béant et furieux, le gouffre du Huëlgoat, dont la cascade écume, éclate, jure et se précipite brisée par les rochers, qui étincellent sous l'effort ; étourdissant pêle-mêle. Du bruit qui tombe, de l'écume qui blanchit, du rocher qui tremble, chaos, confusion, merveille, épouvante, attrait tout-puissant de l'inconnu ! Cependant que devient cette onde violente? Où est-il ce torrent qui jetait sa poussière et son bruit jusqu'au ciel? — Soudain tout s'engloutit, tout disparaît, plus rien ne reste de ce bruit, de cette tempête; seulement, à cent pas de là, une source infinie de mille petits ruisseaux limpides, s'en vont chacun de son côté, où le pousse le caprice, où l'appellent la verdure, l'ombre, le repos, la rêverie et le soleil .

Tout-au-dessous de cet abîme, au bord de son bel étang, est situé le bourg de Huclgoat. À quelques lieues plus loin", entre la Fouillée et Gourin, non loin de Saint-Derbot, admirable chapelle perdue au mi­lieu du désert, on rencontre une cascade plus remarquable peut-être que la cascade du lïuëlgcat. Les eaux de l'Ëlcz se précipitent de ces hauteurs dans une étroite vallée; pendant un quart de lieue vous sui­vez  l'eau bondissante sur son lit de rochers. A chaque pas, dans ces montagnes, la nature change d'aspect : précipices, rochers, sentiers glissants, vallées charmantes pleines de repos et d'ombrage, prairies, métairies, moulins; au fond de la vallée les gras pâturages et les grands bœufs dont il est parlé dans Virgile.—Puis, peu à peu, à me­sure que s'élève la montagne, paraissent les bruyères, se montrent des ajoncs stériles; la terre est nue, le quartz étincelant a remplace les herbes verdoyantes; parfois, et surtout vers le printemps, sur la pente inclinée de ces montagnes, s'élève une épaisse fumée : c'est le paysan de Bretagne qui brûle les ajoncs dont la cendre servira à féconder la moisson prochaine.

http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k2051002/f1.highres

http://fr.wikipedia.org/wiki/Jules_Janin

 

Paul SERUSIER : Solitude tableau peint au Huelgoat en 1891. Cette jeune femme de ce tableau travaillait à l' hotel de Théophile Le Bihan ,rue des Cendres qui avait aussi une annexe sur la Place (maison Person).Nous avons trouvé son nom c’est Marie Le Guillou ,elle était âgée de 20 ans, elle habitait chez sa mère née Louise Le Baud, au village de Kevao. Son père ,Yves né à Brennilis était un pillouer. Jan Verkale l’a aussi esquissé chez elle le 14 juillet 1891!l' histoire continue le grand peintre Jan Verkale devint un moine par dépit.
Lassé du Huelgoat , selon lui, présente des paysages tellement beaux qu'il n'est pas intéressant de les retoucher, il s'éloigne pour s'installer au Pouldu

collection personelle

Paul Ranson 1892