Les cascades de SAINT HERBOT

Sur la cascade de Saint-Herbot

Bulletin de la Société préhistorique de France Année 1920 Volume 17 Numéro 6 pp. 140-141 [article] PAR J.-A. LE BEL (Paris), Président d'Honneur.

Cette petite chute d'eau bien connue des touristes qui ont passé par Huelgoat en Bretagne, est formée par une rivière qui descend des monts Arrées et qui tombe du haut d'un barrage en pierres plates perpendiculaire à la vallée Les géologues ne sont pas d'accord sur l'origine de ce barrage : suivant les uns il serait dû à la fracture des roches au voisinage d'une faille, suivant d'autres, ce serait la moraine frontale d'un petit glacier formé dans la vallée à l'époque de la glaciation scanienne. Celle-ci n'aurait donc pas atteint la mer en Bretagne et cela indiquerait qu'à cette époque le gulfstrôm ne pouvant franchir l'isthme qui réunissait l'Islande à l'Angleterre s'infléchissait vers le Sud et faisait fondre la glace sur les côtes de France qui de ce fait restaient libres de neiges permanentes. L'existence d'une zone côtière habitable aurait permis à une fraction de la population de la France à l'époque tertiaire, de ne pas émigrer et de se perpétuer jusqu'à l'époque quaternaire et de là jusqu'à l'époque actuelle. Or Denyker a précisément signalé une race dite littorale parce qu'elle se trouve surtout près des côtes de l'Atlantique ; l'anthropologie semble donc confirmer l'observation géologique ! Je n'ai pas besoin d'insister davantage sur l'importance de cette question qui touche à la préhistoire et à la géologie ! Il serait fort désirable que d'autres barrages de cette espèce soient étudiés ; or plusieurs habitants de la Bretagne m'ayant affirmé qu'il en existait sur d'autres rivières descendant des monts Arrées, j'avais envoyé sur place une personne chargée de les reconnaître et de les étudier, malheureusement cette étude a été complètement négligée. Je viens donc prier ceux de nos collègues qui pourraient connaître l'existence de barrages semblables, de vouloir bien me signaler leur emplacement, afin que je puisse aller les étudier l'an prochain et l'on peut espérer que leur comparaison avec celui de  Saint Herbot fournira des lumières sur leur origine.


A SUMMER IN Brittanny by Thomas Adolphus TROLLOPPE France Milton Troloppe  Journal d' un anglais en 1839.

Un été en  Bretagne ( édition  du Layeur 2002)

Nous nous levâmes pour marcher vers la cascade de Saint-Derbot, un coin de la région dont nous avions entendu parler à Morlaix, désirant réserver un jour entier pour la mine, quand nous serions sûrs pouvoir descendre frais et reposés.

 La marche jusqu’ à  Saint-Derbot est très belle, suivant d’abord un chemin  en hauteur, d'où il est dégagée sur tout le pays, sur  la lande et les forêts  avec les flèches d'un ou deux villages à quelque distance et la tour de Carhaix sur sa morne colline dans le lointain. Nous sommes alors descendus  dans une petite vallée romantique, encaissée entre ses versants raides, et à l’ écart au milieu  de ces montagnes sauvages

Nous l’avons  suivie   jusqu'à soudainement  l’église de  Saint-Derbot soit en vue, confortablement installée: dans une clairière du bois de  chêne  qui couvrait la colline  au-dessus d'elle, Deux  petites vallées  débouchent aussi dans le même milieu, et  le  murmure éloigné d'une chute  d’eau nous a mis sans doute  sur le chemin à suivre pour arriver  au but  de notre visite. Les bords de cette vallée  s’ arrêtent  rapidement devant nous alors que nous avancions , et le  bruit d'eau devint plus clair  et fort .L ‘ espace  entier  entre  les montagnes était occupé par des bois épais , entre lesquels  la rivière cherchait son chemin en plusieurs  petits ruisseaux. Nous avons suivi un de ces derniers  sautant de pierre en pierre au milieu du lit rocheux et maintenant nous frayant  notre  chemin parmi les taillis des rives , les bois ou l’ eau  nous ayant semblé des obstacles plus difficiles  Le ruisseau devint bientôt un rapide  éclaboussant tous les rochers  qui se mettaient sur son chemin , un peu plus haut nous  retrouvâmes les différents ruisseaux réunis  et , quelques cent yards plus loin,  le pied de la chute d'eau.

D'abord nous avons été déçus, car, bien que la scène soit sauvage, pittoresque et romantique, la cascade en tant que telle n'était pas impressionnante. Mais, pendant que nous avancions, les choses se sont améliorées et nous avons dû admettre que la chute d'eau de Saint-Derbot correspondait assez justement à ce que us avions entendu dire d'elle. Il n'y a cependant pas là d'eau tombant d'une hauteur impressionnante, mais une succession de petites chutes, de torrents, et de rapides, en très grand nombre et de toutes formes, que la rivière fait en cherchant son chemin en descendant de très haut à travers une gorge remplie d'énormes blocs de rochers; le spectacle valant largement celui une chute d'eau verticale.

Nous observâmes à un endroit que la force d'un mince filet d'eau, tombant de quelques pieds, était parvenu à creuser dans la roche une cavité presque circulaire de quatre pieds de profondeur et de dix huit inches de diamètre. Le spectacle doit beaucoup à la forêt qui couvre les alentours, essentiellement composée de chênes. Le vieux bras de bois mort d'un ancien géant de la forêt lassait au-dessus du torrent dans un geste qui semblait désigner ces intrus que nous étions dans ce monde perdu d'ombres. Mon compagnon voulut absolument en aire une étude et pour cela s'installa sur un rocher au milieu du torrent alors que j'allais du côté des chutes, m'amusant à jeter dans le vide les pierres que je parvenais à déplacer.

Quand le croquis fut terminé, nous continuâmes notre randonnée vers l'amont, escaladant et sautant de roches en roches avec de plus en plus de difficultés alors que la taille des rochers devenait de plus en plus grosse jusqu'à atteindre tout en haut une dimension prodigieuse. Au sommet, au milieu 'd'une mer de rochers, perchés sur l'extrême bord d'une falaise qui surplombait  le torrent,  nous découvrîmes  un petit moulin incroyablement pittoresque. Dans l'ombre  de l'épaisse forêt qui l'entourait, recouvert d'un lierre luxuriant et plus petit en proportion que la plupart des  masses minérales qui l'entouraient, il aurait fait un  parfait sujet d'étude pour Ruysdaël. Ici, à nouveau, le  carnet de croquis refit son apparition et je fus laissé ài moi-même, avec obligation de trouver à m'occuper  pendant une heure.

Une fois l'heure passée, il était trop tard pour poursuivre notre randonnée plus avant; bien que tout ce que nous voyions du cours de la rivière en amont nous y incitait. Les bois faisaient place aux rochers qui continuaient à accompagner la rivière vers une lande des plus désolées. Il n'était pas question de beauté, au-delà de ce point que nous avions atteint; mais l'extrême sauvagerie et aridité des lieux me fit hésiter à pénétrer plus loin dans ce coin perdu des montagnes où cette rivière chargée de mélancolie prenait sa source; et pour découvrir quelle autre désolation encore plus grande pouvait exister à la source d'une rivière qui apportait avec elle, aussi près des habitations des hommes, une si profonde tristesse.

Mais, alors que nous aurions dû passer, selon toute vraisemblance, la nuit dans les montagnes, ce qui sous-entendait d'avoir à faire face à plus de désagrément que je n'en pouvais supporter, nous abandonnâmes ce projet pour retourner à Saint-Derbot, par un chemin que nous suivîmes sur les hauteurs du Huelgoat, un chemin très différent de celui que nous avions emprunté le matin à l'aller.


We set off to walk to the cascade of St. Derbot, a bit of scenery of which we had heard much at Morlaix, intending to reserve the mine for an entire day, when we could encounter the labour of the descent fresh and unfatigued. The walk to St. Derbot is a very pretty one, first over a high down, from which there is an immense view over a wide extent of country, chiefly moorland and forest, with the spires of one or two villages few and far between, and the tower of Carhaix high on its bleak hill in the extreme distance. We then descended into a romantic little dale, deeply shut in by its steep sides, and secluded in the midst of these wild heights, like the happy valley of Rasselas. We followed this, till suddenly the grey church of St. Derbot came in sight, snugly niched into a recess in the oak wood, which covers the hill above it. Two other still smaller valleys here open into the same spot, and the distant murmur of a waterfall left us in no doubt which of them we ought to follow to arrive at the object of our visit.

The sides of this valley rapidly drew in upon us as we advanced, and the noise of the water became clearer and louder, and the whole space between the hills was occupied by thick wood, through which the river found its way in several divided streamlets. We followed one of these, now jumping from stone to stone in the midst of its rocky bed, and now making our way among the copse on its banks, as wood or water seemed to offer the lesser impediment. The rivulet soon became a rapid, splashing, and dashing, and flashing, as Southey says of Lowdore, among the rocks which impeded it; and a little higher up we found the different streams united, and, after advancing another hundred yards, stood at the bottom of the cataract.

At Brst we were disappointed, for, though the scene was wild, picturesque, and romantic, as a waterfall the cascade was nothing. But, as we proceeded, matters improved, and eventually we admitted that the waterfall of St. Derbot fully deserved all we had heard said of it. There is, however, no one perpendicular fall of any magnitude. But the constant succession of small falls, torrents, and whirpools, in great number and endless variety of size and form, which the river makes as it finds its way to the bottom from a very considerable height, through a gorge filled with huge rocks, was to me ample compensation for the want of any one magnificent sheet of falling water. We observed one spot, where the slender thread of a streamlet, falling about two feet, had hollowed a well in the rock in an almost perfectly circular form, four feet deep, and eighteen inches in diameter.

The scenery is much indebted to the thick woods which overhang the gorge, and which consist chiefly of oak. About half way up, the dead arm of an ancient giant of the forest stretched pale and rugged over the torrent in so Salvatoresque a manner, denouncing, as one might fancy, a curse on the intruders into these solitary shades, that my companion insisted on making a study of it. So he established himself on a rock in the midst of the torrent, while I rambled about among the different falls, and amused myself by hurling from their ancient seats into the abyss the largest masses that my strength would suffice to move.

When the sketch was finished, we again proceeded upward, climbing and leaping from rock to rock with increasing difficulty, as the masses became larger and larger, till, towards the top of the gorge, they were quite stupendous. On the very summit, amid a sea of rocks, perched on the utmost edge of a brow which overhangs the torrent, and bedewed with its continual spray, we found a most picturesque little water-mill. Deeply overshadowed by the thick forest above it, entirely overgrown with luxuriant ivy, and much smaller, all comprised, than many of the masses among which it is placed, it would have made an admirable subject for the pencil of Ruysdaël. Here, again, the sketch-book was produced, and I was left to my own resources to amuse myself for an hour

When this had elapsed, it was too late to pursue our ramble any further; although the course of the river, as far as we could see it, rather tempted us to do so. The woods ceased, but the rocks continued to accompany the stream as it came across a most desolatelooking moor. Beauty there certainly was none beyond the point we had already reached; but the exceeding savageness and rugged barrenness of the scenery made me long to penetrate farther into the recesses of the hills, from which this melancholy-looking river issued; and to see what still more utter desolation there could be at the solitary source of a stream, which had brought with it, so near to the haunts of men, such dismal dreariness.

But as we should, in all probability, have spent the night among the hills, which would have involved supping rather fuller of horrors than I had any desire to do, we abandoned this project, and turned our backs on St. Derbot, finding our way back over the heights to Huelgoat by a route somewhat different to that by which we had walked in the morning.

 

Le chaos de saint Herbot

Le chaos de saint Herbot

carte postale personnelle

carte postale personnelle

LA CASCADE DE SAINT HERBOT  Photos prises au pied du moulin vers1900

carte postale personnelle

carte postale personnelle

LA CASCADE DE SAINT HERBOT