La légende du hok-bras

LE GAWN DE LA CHAPELLE DE SAINT HERBOT

Pour retrouver un sens  à nos légendes, la source se trouve dans la mythologie grécque.

Les  Gorgones et la Méduses, dragons terrifiants qui vivaient près du pays des Hespérides ,les filles de l'Occident ,ou du soir (le pays des Osismes pour certains érudits ) , au milieu de formes humaines et de bêtes sauvages que la Méduse avait changées en pierre et que la pluie avait détériorées. C'est étrangement le paysage du Huelgoat )

Athéna,la déesse vierge, fixa la tête de la Méduse, offerte par Persée, sur son égide . Le sang de Méduse pouvait tuer instantanément s'il provenait de sa veine droite, ressusciter les morts s'il provenait de sa veine gauche. Elle en donna au fondateur de la médecine, Asclépios , fils d'Apollon ,qui ont comme tous les deux les mêmes attributs que Sucellos donner la mort et la vie.


La légende du géant Hok-bras et de la fée d'Huelgoat .(Le publicateur du Finistère ,n° du 5 septembre 1874 conté par Jakou -Ar-Gall de Botmeur.)

Sa marraine est une fée , c'est bien Morgane ou Ahes la géante. Hok-bras a la maîtrise des formes et se transforme tout particulièrement en  serpent ou en Dragon dans le  Gouffre ,il se rattache  bien à la vouivre représentant les énergies telluriques

Du temps que la rade de Brest n'était qu'un petit ruisseau où la mer montait à peine dans les grandes marées, il y avait entre Daoulas et Landerneau un géant, comme on n'en a jamais vu.- Il était grand comme la tour du Kreisker, peut-être ? Allez.- Comme le Ménez-Hom ?- Allez encore.- Haut comme les nuages apparemment ? - Allez toujours. Quand vous iriez jusqu'à la calotte du ciel, mon ami, vous n'y seriez pas tout à fait.- Mais alors où ce malheureux pouvait-il se loger ?- Ah ! voilà l'affaire ! Messire Hok-Bras avait la faculté de s'allonger à volonté. Voici d'où lui venait cette faculté précieuse.

Il est bon de vous dire que maître Hok-Bras était naturellement assez grand ; à trois mois il avait déjà plus de six pieds, et comme il n'était pas encore baptisé, son père le mena chez une tante qu'il avait au Huelgoat, et la pria d'être la marraine de ce petit garçon. Hok-Bras marchait déjà comme un homme, et la marraine n'eut pas besoin de le porter sur les fonts baptismaux, ce qui eût été fatigant, en vérité. Hok-Bras fut gentil. Il alla tout seul et ne pleura pas du tout, si ce n'est  quand on lui mit du sel dans la bouche : il toussa si fort, si fort, que le bedeau qui se trouvait en face fut jeté contre un pilier, où il se fit une jolie bosse à la tête, ce qui dérida le poupon et le fit rire, mais rire ! Ah ! c'était le recteur qui ne riait pas en voyant tomber tous les vitraux des fenêtres de son église !

Enfin Hok-Bras était chrétien et ne viendrait pas rire à l'église tous les jours. Après le dîner de baptême, qui fut très bon à ce qu'on dit, Hok-Bras s'en fut jouer dans le bois, auprès de l'endroit qu'on appelle le Trou du diable, ( ce n'est   pas la grotte du Diable ,elle était inconnue et inaccessible au XIX ième siècles   mais le Gouffre dit du Diable  du Kastell-Gwibel ar Rampez)  et, sans doute afin d'empêcher le diable de sortir par là (ce qui eût été un grand service pour l'humanité, s'il avait réussi), il se mit à rouler tout autour les plus gros rochers de la colline; et l'on sait qu'il n'en manque pas dans ce beau vallon. Pendant que le bambin travaillait ainsi, au grand ébahissement des autres, sa marraine vint le regarder faire et se dit :- Voilà un filleul qui me fera honneur. Et, en disant cela, elle jouait avec sa belle bague de diamant. Tout à coup, la bague lui échappa et roula au fond du gouffre, qui n'était pas encore couvert et où l'eau tombait avec un bruit affreux. La marraine se mit à pleurer. ... Hok-Bras. Votre bague ? Ne pleurez pas, nous allons voir. Si j'étais seulement aussi grand que ce trou est profond, je vous la rapporterais dans cinq minutes. Or, il est bon de dire que la jolie marraine était une fée. Elle sécha ses beaux yeux et promit à Hok-Bras d'exaucer sa demande s'il trouvait la bague. Hok descendit dans le trou et s'enfonça dans l'eau mais bientôt il en eut jusqu'au cou.- Marraine, dit-il, l'eau est trop profonde et moi je suis trop court. - Eh bien ! allonge-toi, dit la fée. En effet, Hok se laissa couler toujours, car c'était un puits de l'enfer, et sa tête restait toujours au-dessus de l'eau. Enfin, ses pieds touchèrent le fond du gouffre. - Marraine, dit-il, je sens une grosse anguille sous mes pieds.

- Apporte-la, dit la fée, c'est elle qui a avalé ma bague et remonte de suite. Crac ! On vit tout à coup Hok sortir du gouffre noir comme un arbre énorme, et il montait toujours. - Marraine, dit une voix qui venait des nuages, ne m'arrêterez-vous pas ? - Tu n'as qu'à dire assez, mon garçon, et ta croissance s'arrêtera. - Assez ! hurla Hok d'une voix de tonnerre... Et à l'instant on le vit se raccourcir et puis se mettre à genoux pour embrasser sa jolie tante et lui passer sa bague au doigt. Par malheur pour nous, Hok, dans sa joie, oublia de boucher le Trou du Diable. On ne le sait que trop en ce monde, hélas!

Hok s'en retourna chez son père qui,le voyant déjà grandi de trois pieds depuis le jour de son baptême, pensa qu'un tel garçon serait fort coûteux à nourrir à ne rien faire. Oui, Hok ne voulait  rien faire, si ce n'est courir les aventures, se battre et se marier le plus tôt possible. Se marier à cet âge ! Y pensez-vous ? En effet, en quittant Huelgoat, notre jeune géant avait d'abord eu l'idée d'emporter sa petite tante sous son bras ; mais la fée, qui était sage (chose rare en vérité), lui avait fait comprendre que ce n'était pas convenable à son âge et qu'elle ne voulait être sa femme que quand il aurait accompli au moins trois prouesses, ce qui lui serait facile, vu qu'elle lui avait donné le secret de s'allonger à volonté.

La découverte de la bague pouvait compter pour une prouesse, restait deux. Et voilà ce qui tourmentait notre grand bébé, déjà rempli d'ambition. Hok, dans son impatience, ne faisait guère que courir par monts et par vaux; dans ses moments perdus (et c'était l'ordinaire) il s'amusait, au lieu d'aller travailler comme un bon journalier, à faire des tas de terre et de cailloux, . du placis, Hok se mit au milieu et s'écria : - Hok, allonge-toi ! Crac ! Aussitôt on vit sa tête monter et parfois se perdre dans les nuages qui passaient sur le ciel. Puis la lune s'obscurcit. On entendit un coup de tonnerre qui disait assez ! et peu à peu on vit la lune descendre rapidement. Quand elle fut arrivée sous les nuages, on put voir que c'était Hok-Bras qui la tenait par le bord entre ses dents. Hok-Bras, qui se trouvait tout auprès du clocher de Saint-Houardon, déposa délicatement l'astre des nuits sur le bout de la girouette, demanda ses dix écus et s'en alla très content. Et de deux ! sans compter la montagne Depuis ce temps, on dit que Landerneau a conservé sa tante, la lune et son immortelle clarté, connue dans le monde entier. Vous voyez que c'est une qualité assez précieuse de pouvoir devenir plus grand que les autres ; et je suis sûr que s'il se trouvait encore une fée comme celle-là sur la terre, elle aurait beaucoup de pratiques. Il y a dans ce monde tant de gens qui ont la faiblesse de vouloir toujours être plus grands que les autres..Vous pensez bien que notre petit géant - qui n'avait guère que douze à quinze pieds dans ses jours ordinaires - avait attrapé un peu chaud dans son voyage à la lune, et il regrettait fort en passant par Loperhet que la mer ne fût pas sous ses pieds pour s'y désaltérer et se baigner à l'aisé.

A cette époque, comme vous savez, la rade de Brest n'existait pas encore. - Tiens, se dit Hok-Bras, si je creusais ici un petit étang, voisin de ma maison, cela serait bien commode pour se baigner tous les matins, et peut-être que cela ferait plaisir à ma tante. Allons ! Il déracina quelques chênes, prit une taille et une force proportionnées à la besogne, s'empara de deux ou trois vieux chalands sur la rivière de Landerneau afin de s'en servir comme d'écuelle, et se mit à l'ouvrage. Le premier jour, il creusa un grand bassin depuis Daoulas jusqu'à Lanvéoc. Le second jour, il creusa de Lanvéoc à Roscanvel, et le troisième jour, comme il tait pressé d'achever la besogne par une prouesse digne de sa fiancée, crac ! il donna un grand coup de pied dans la butte qui fermait le goulet, et bientôt il eut le plaisir de sentir l'eau de mer lui chatouiller agréablement les mollets à une jolie hauteur, car à ce moment-là il mesurait, dit-on, plus de mille pieds du talon a nuque. Mais le vent soufflait un peu fort de l'Ouest ; les vagues se précipitaient avec la violence que vous pouvez supposer par l'ouverture du nouveau goulet. Si bien qu'un vaisseau à trois ponts (vous comprenez, un vaisseau à trois ponts avant le déluge), qui passait toutes voiles dehors du cap Saint-Mathieu, se trouva entraîné par le courant et entra vent arrière dans la rade, qui se remplissait à vue d'oeil. Et de trois ! La rade de Brest était née pour la gloire de la Bretagne.

Mais pour le malheur de son père, il arriva que Hok-Bras s'étant mis à genoux pour boire un coup et goûter l'eau de sa nouvelle fontaine, il arriva que le vaisseau à trois ponts s'engouffra, avec ses voiles, ses mâts et ses canons, dans le gosier de notre géant, où il demeura à moitié chemin arrêté par les vergues du grand mât. Aïe ! Hok-Bras se sentit aux trois quarts étranglé. Impossible de crier assez ! pour revenir à sa taille naturelle ; et d'ailleurs, s'il se fût rapetissé, le vaisseau lui aurait rompu la poitrine. Le voilà donc, courant comme un possédé, arpentant plaines, monts et vallées, avec quatre-vingts canons dans la gorge... Enfin il se calma un peu et se dit tout naturellement : Ma tante me tirera de ce mauvais pas. Et il se mit à courir dans la direction de la montagne d'Arhez, qu'il avait vu naître et qui allait devenir son tombeau. Oui, en ce temps-là, comme toujours, l'ambition perdit les hommes ; à force de se grandir, ils tombent de plus haut et ne peuvent plus se relever, chargés qu’ils sont du poids trop lourd de leur convoitise insatiable.

Hok-Bras s'assit donc un moment pour se reposer sur le Mont Saint-Michel, car son vaisseau à trois ponts le gênait pour faire une longue route. Puis, quand il fut reposé, au lieu de faire le tour du marais, il voulut le traverser afin d'aller plus vite. Par malheur, il comptait sans le poids de ses quatre-vingts canons. En effet, il n'avait pas fait quatre enjambées au milieu des mollières du grand marécage qu'il se sentit enfoncer, au point de ne pouvoir plus en retirer les jambes. Puis, dans ses efforts épouvantables, il trébucha, et son corps immense, entraîné par le poids des quatre-vingts canons, alla s'abattre sur la montagne. à l'endroit appelé Rocbraz ou Hoc-Trévézel.

Il y eut, dit-on, un tremblement de terre, et au Huelgoat la fée en fut épouvantée. Hok-Bras s'était brisé la tête en tombant sur les roches qu'il avait amoncelées lui-même. Sa marraine, folle de douleur, accourut près de lui et essaya en vain de le rappeler à la vie ; mais n'y pouvant réussir, elle se retira à Saint-Herbot, où son ombre revient errer au bord des torrents. (autre version) .

Elle se changea en une chienne noire qui erre et doit errer jusqu'au jugement sur le funeste marécage. 

Maintenant, il serait trop long de rapporter tout ce que l'on dit du cadavre de Hok-Bras. On prétend que, voyant venir ... que, voyant venir le déluge et ne trouvant pas de poutres assez fortes pour construire l'arche, Noé, qui avait entendu parler du colosse breton,vint à la montagne d'Arhez, scia la barbe du géant défunt et en fit les membrures du navire suprême. Noé voulut aussi, par curiosité ou pour lester son arche, emporter quelques dents de Hok-Bras, et pour chacune il fallut trois vigoureux matelots. On raconte bien d'autres choses du gigantesque constructeur de nos montagnes. Mais ici se termine ce récit authentique, récit qui sans doute vous a démontré que les Bretons ne sont pas des petits garçons !

Gwenc'hlan Le Scouëzec Arthur, roi des Bretons d'Armorique Le roi des Pierres

Les DRUIDES

Chapitre VII Le Marais des Enfers

 

 

Parlant de la carte des Monts d'Arrée, en 1896, Paul du Châtellier écrivait les lignes suivantes : « En regardant cette carte on est frappé du grand nombre de monuments, groupés sur les sommets des collines qui divisent en nombreux bassins la plaine qui s'étend des montagnes d'Arrhées aux montagnes Noires, au sud et à l'est du marais de Saint-Michel, dans un rayon de douze à quinze kilomètres. »

Et il concluait, à proposdes fouilles qu'il avait menées en 1895 et 1896 dans cette région : « En somme, dans cette importante campagne', nous avons reconnu six dolmens ou allées couvertes, plus ou moins ruinés, dont deux ont des sculptures, onze menhirs, cent soixante et un tumulus, huit cachettes de fondeurs, quatorze camps ou enceintes fortifiées et trois cachettes de monnaies gauloises. »

Rien que sur la commune de Berrien, notre archéologue compta un menhir, quatre dolmens et cinquante-trois tumulus. A Coatmocun, en Brennilis, ce furent trois dolmens, quatre menhirs, dix tumulus, un camp à enceinte circulaire et des restes d'habitation.

Le tertre situé en Berrien, « à deux cents mètres au Nord-Ouest des édifices du village du Reuniou », contenait les restes d'un linceul de peaux qui avait enfermé le cadavre, un collier de coquilles, un vase en argile et des poignards en bronze ainsi qu'un fragment de bois de cerf. On remarquera bien sûr la présence, ici comme à Hoedic et à Teviec, quoique bien plus tard, du cervidé symbole de renaissance..

Le tumulus I de Coatmocun était vide, il n'avait pas de chambre et aucune trace d'ossements humains ou autres ne s'y trouvait. Mais, dans sa partie est, trois petites pierres plates protégeaient « un fossile du genre oursin ». Sera-ce l'œuf de serpent dont Pline, un jour, parlera comme d'un talisman druidique?

Ajoutons que sur ce territoire, se trouve le Camp d'Artus, le gouffre d'Ahès et la mine de Huelgoat, témoignant d'une activité ancienne et d'une mythologie toujours présente. Le camp d'Arthur est l'oppidum le plus important de Bretagne et il y a tout lieu de penser que là se trouvait le centre politique des Osismes préromains, voués au culte d'Arthur, la Pierre.

Le gouffre d'Ahès qui l'avoisine, est l'un des lieux de passage de ce monde-ci vers l'autre. On dit que la princesse — ou la déesse ? — y faisait jeter ses amants. C'était bien évidemment pour leur procurer l'existence dans l'Autre Monde..

Quant à la mine, toute proche, d'où l'on extrait le plomb et l'argent, elle est à la fois le centre nerveux de la région et le site magique des fondeurs. Ils avaient établi leurs ateliers au pied du Castel Guibel, qui domine de sa masse le puits d'Ahès. On peut imaginer qu'ici s'opérait une alchimie tant spirituelle que matérielle.

Huelgoat est en somme la capitale, antérieure à l'occupation romaine. On ne manquera pas d'être surpris par la longue place qui ressemble plus à un forum qu'à la place centrale d'un village breton, par l'ensevelissement de l'agglomération, tel qu'on ne la voit de nulle part, contrairement aux habitudes des paroisses d'Armorique. La ville est sous la protection du camp d'Arthur..

L'environnement mérite toute notre attention. La longue étendue de marécages qui s'étend au nord et à l'ouest de Huelgoat, jusqu'au pied de la ligne de montagnes qui barrent l'horizon, sert non seulement de protection militaire à toute attaque venue de ces directions, mais de plus de frontière avec l'Autre Monde. C'est ici proprement, selon la tradition, la Porte des Enfers. C'est ici qu'erre le chien noir et que les ramasseurs d'âmes parcourent la lande. Point de vision chrétienne de l'Enfer, pas de diable, ni de feu, mais la vision froide de terres inondées où la terre et l'eau se confondent..

A l'ouest se trouve le Mont Saint-Michel, de son vrai nom Menez Kronan. Comme tous ses homologues, il représente une divinité plus ancienne, ici Cernunnos, le dieu de l'Occident.

Il est remarquable que ce marais ait été,à la période des seconds tumulus de l'âge de Bronze, le lieu d'un rassemblement extraordinaire de ces constructions. Quel rapport y a-t-il entre les sépultures de l'âge de bronze et la tradition orale venue jusqu'à nous ? On a pu contester précisément qu'il s'agisse d'une mythologie antique et penser que le folklore n'avait pas d'antiquité. Bien qu'il n'y ait aucun élément en faveur de cette ancienneté, il n'est pas très sérieux de la nier. Toute cette histoire de chien noir et de ramasseur d'âmes, liées à la vision cernunienne du monde, non plus que les ombres d'Arthur, de la princesse mythique des Osismes, Ahès, du gouffre où l'on jetait les sacrifiés, ne relève pas d'une création récente, ni même médiévale. Il n'y a là, avons-nous dit, rien de chrétien. Certains fragments, comme ceux d'Ahès, sont manifestement très anciens et la croyance qui s'y attache a ce caractère indélébile des récits dont on ne sait plus pourquoi on s'y attache, mais auxquels on s'attache on ne peut plus fortement. L'ensemble est cohérent, solide, indestructible, et parfaitement non logique.

C'est une autre question de savoir la raison pour laquelle cent soixante et un tumulus ont été édifiés dans cet espace restreint. Est-ce parce que c'était déjà la Porte des Enfers ? Ou bien l'endroit est-il devenu la Porte des Enfers parce que cent soixante et une inhumations ont été faites ici ?

L'endroit n'a pas dû sensiblement changer. Quatre mille ans, c'est bien peu. Si l'endroit n'a pas changé, le symbole non plus. Dans l'esprit d'un homme d'il y a quatre mille ans, le marécage, avec ses eaux, ses engloutissements, ses risques, n'est pas différent de celui d'aujourd'hui. L'endroit est sinistre et inabordable. Il était sinistre et inabordable il y a quatre mille ans. On ne voit pas pourquoi il n'y aurait pas beaucoup plus longtemps que la Porte des Enfers aurait élu domicile là.

Un personnage mérite d'être remarqué : c'est le Gewr. Il règne plus particulièrement à Saint-Herbot, à la lisière sud du Marais. Ce personnage, fut à l'origine du chaos de Huelgoat, dans sa lutte contre un autre géant avec lequel il échangeait des coups en blocs de plusieurs tonnes, entre Berrien et Plouyé. Huelgoat, au milieu, les recevait. Le Grand Bonhomme a été enterré au-dessus du village de Saint-Herbot, au Be Gewr, la tombe du Gewr. Il fallut paraît-il replier neuf fois son corps sur lui-même pour le faire entrer dans la fosse. Cela laisse entendre qu'il s'agissait d'un serpent géant, un dragon monstrueux.

C'est sans doute du Gargan qu'il s'agit. Son nom serait simplement l'abréviation d'un Karregan et proviendrait de Karr et de Karreg, le rocher. L'on sait que ces personnages gigantesques, qui parcourent les campagnes de l'Europe occidentale, prennent plaisir aux pierres que l'on jette et que l'on dresse.

Cet ensemble de lieux et de mythes, enfermés entre les hauteurs de Trevezel et la fuite de l'Ellez, entre le Menez Kronan et la mine de Huelgoat, a été peut-être plus connu qu'on ne le croit. Cette terre de Bretagne, à l'occident du monde, d'où l'on voit le soleil plonger dans le sein retrouvé de la mer, aurait été l'embarcadère des îles merveilleuses, le site même de la Légende de la Mort, comme le découvrira plusieurs millénaires plus tard, l'un des fils de cette Letavia ou Pays de la Mort que fut, jusqu'à nos jours, la Bretagne armoricaine.

Sans doute venait-on de très loin pour trouver ici la voie qui mène à d'autres univers que le nôtre. Tout cet ouvrage, je pense, le montrera.


GÉANT OU CAPTIF CHÉTIF

'Cauaros' (Kaûapoç, nom de prince galate, Kauàpa & Kaûapoi, comme divers dérivés en Cauar-, dont les Cavares d'Avignon - Dela­marre 2003, 111) se compare au vieil irlandais caur (caurad au génitif, 'champion, héros') comme au brittonique, ancien comique caur-march. 'camelus', gallois cawr, 'giant', tels les géants de légende des monts d'Arrée en breton (Be2) Gewr (Begheor à Saint-Herbot, cher à Jean-Marie Le Scraigne) / Kaour, dans divers contes de Luzel, d'où peut-être le prénom Kaourintin, Corentin, dont les diminutifs sont parfois Kaour et plus souvent Kaou.

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