Le manoir du Rusquec


SEIGNEURS  DU RUSQUEC

 

Sur la hauteur boisée dominant Saint-Herbot, un château à demi ruiné est converti en ferme. Dans la cour d'honneur, les restes du grand logis béent de fenêtres plus grandes que les portes. Une vasque, un puits et un colombier solide comme un bastion, des murs croulant sous le lierre, des jardins livrés aux herbes folles. C'est le célèbre Rusquec.

Son architecture à tourelles et à portails gothiques le date du XVe siècle. Mais son arbre généalogique la racine fort loin dans les temps de Bretagne légendaire.

Il est dit que le Rusquec fut autrefois l'habitation de Guevrel, seigneur du lieu et géant par surcroît. Il avait une taille telle que dans ses promenades, il passait la main sur la cime de la forêt d'Huelgoat en répétant : « La fougère est vraiment belle cette année ».

Guevrel avait deux frères aussi grands que lui. A quelques lieues de là, dans les Montagnes Noires, ils se construisaient des châteaux à leur mesure. Les coups de leurs masses sur les rochers étaient tels que la terre en tremblait de Brennilis à Trégourez. Quand l'un d'eux faussait son outil, d'une voix de stentor, il demandait à l'un de ses frères de lui prêter le sien. Alors, par-dessus montagnes et vallées, le pic ou la masse voltigeait jusqu'à lui.

Guevrel avait ouvert sa carrière tout près du Rusquec. Dans les chaos, où naguère vivait en grondant une magnifique cascade, le géant façonnait ses pierres de taille que se reconnaissent, paraît-il, dans les soubassements du château. Mais Guevrel était un grand « soiffard » et pour se désaltérer sans quitter son travail, il n'avait pas hésité à faire venir à lui l'Elez, cette rivière montagnarde qui nait au pied de Saint-Michel-de-Braspartz. Pour boire, le gigantesque bonhomme se servait d'une coupe de granit qui existe encore devant la porte d'entrée du château. C'est la fameuse vasque du Rusquec, blasonnée des armes des seigneurs de l'endroit et de celles de maintes grandes familles de Bretagne.

Le Rusquec fut habité noblement jusqu'au milieu du dix-huitième siècle. Ses derniers possesseurs, les Kerlech, étaient, dit-on, les plus accommodants des maîtres. L'un d'eux se promenait souvent en chaise à porteurs. Mais son bon cœur le poussait à s'inquiéter de la fatigue de ses valets. Lorsqu'ils entendaient un « Reposez-vous donc mes enfants » les serviteurs s'empressaient de déposer leur charge sur le bord du chemin et de commencer une partie de galoche. Au bout d'un moment, le vieux marquis disait : « Allons mes enfants, c'est assez joué, en route ! »

« Oh ! Monsieur le Marquis, vous attendrez bien que la partie soit finie. »

Et le Marquis attendait le temps voulu.

Cet Alain de Kerlech prenait toujours la défense des paysans, à tel point qu'un jour, à la foire de Saint-Herbot, il tua de son pistolet un maltotier venu de Brest pour percevoir une taxe sur la vente des bestiaux.

Cela et bien d'autres choses expliquent pourquoi, au siècle dernier, dans la région, l'usage était de mettre chapeau bas quand on prononçait le nom des anciens marquis du Rusquec. Venant des descendants des fameux « Bonnets Rouges », dont le goût républicain ne date pas de 1789, l'hommage avait sa valeur.

BERNARD DE PARADES


Bretagne voyages pittoresques et romantiques dans l' ancienne France du baron Taylor Edition Langlande 2005

colllection personelle

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Le colombier  en 1900

 photo personelle 1978

vers 1975

  La vasque

LA VASQUE

colllection personelle