Les légendes du Gouffre et du Kastell- gibell.

Ar wrac'h ar puñs

Kastell-Guibell a-dra-zur A dall Breiz-izel en aour pur.

« kastel-ar-Gibell, c'est certain, vaut toute la Bretagne en or pur. »

"Ahès breman Mari-Morgan, e skeud al loar, d'an noz a gan,

 On ne connaît des enfants de Grallon qu'une fille, à qui ses dérèglements et ses crimes ont donné une affreuse célébrité. Il y a dans la Basse- Bretagne , près du village de Huelgoat, une espèce de fondrière , un abîme d'où s'élèvent des bruits lugubres: ce sont, au dire des paysans voisins, les gémissements des amants de la princesse ,qu’elle faisait précipiter dans ce Gouffre ,victimes de ses fureurs et de son inconstance .Cette princesse se nommait , Ahès ,et on lui attribue la fondation du château de  Ker-Ahès ,qui est devenu la ville de  Carhaix .Histoire de Bretagne par M. Daru. En 1826

 

Le Kastel-Gwibel possède également d'autres légendes :

Les ruines du vieux château de Kastel-Guibel se voyaient encore à la fin du siècle dernier. Elles avaient aussi leurs légendes. Toutes les nuits aux environs de la minuit, une ravissante jeune fille apparaissait sur les créneaux. Des jeunes gens voulurent la délivrer, mais dès qu'ils s'en approchaient, un hideux serpent s'enroulait trois fois autour du cou de la belle princesse. Trois fois l'affreuse bête les menaçait de son venin. Celui qui résistait à ce spectacle sans crier pouvait alors délivrer la jeune vierge et, pour le remercier, elle confiait un trésor valant à lui seul le prix de la Bretagne entière.

Kastell-Guibell a-dra-zur A dall Breiz-izel en aour pur.

« kastel-ar-Gibell, c'est certain, vaut toute la Bretagne en or pur. »

BERNARD DE PARADES

Ce lieu est terrible, car là s'élevait un château formidable et, du haut de ses créneaux. Car Ahès, que d'autres nomment Dahut, la fille maudite du roi Gradlon, faisait précipiter dans le gouffre ses amants épuisés. Parfois, pendant les nuits d'orage, on entend leurs voix qui brament sinistrement et demandent une sépulture en terre bénite.

Gustave  Flaubert Maxime Du Camp(1847)


Sablière de notre église saint Yves sur la Place du Hüelgoat , en haut de la porte dans la tradition, dite de l' entrée des hommes, coté  bois et ses grottes ( les fers à cheval  et une tête de diable sont que la représentation du Demon" qu' on appelle ici dans les Monts d'Arrée  des Teuss " au XVI siècle du mythe du cheval androcèphale  psychopompe des statères des Osismes du Hüelgoat.

 

Origine littéraire du  mythe du cheval Bayard[

http://republic.pink/bayard-cheval_601306.html

https://fr.wikipedia.org/wiki/Bayard_(cheval)

Dans neuf manuscrits médiévaux sur douze, différentes origines sont attribuées à Bayard[23], mais celles-ci s'effacent plus tard sous l'influence de la chanson de Maugis d'Aigremont. Ainsi, lui est attribuée pour origine la Normandie, la Bretagne, ou encore l'île d'Avalon. L'un de ces manuscrits, probablement daté de la fin du XIIIe siècle, précise qu'il est amené d'un « pays de Faerie » et que Morge la fée (Morgane) le nourrissait souvent .

Chanson de Maugis d'Aigremont
vers 686 (ancien français)
Traduction de Michel Stanesco]

Amis, ce dit la fee, sachiez a escient
Li chevaux est fae, ce dient li auquant
I dragon l'engendra, illeuc en I serpen
Et encore le gardent u grant derubement
Et I moult fier deable, je vous dit vraiement
Si a nom Raanas, hideus est durement
Le cheval est faé et tant a le cors gent
Que le jor porteroit trestot legierement
III chevaliers armez en I tornoiement

Cher ami, lui dit la fée, apprenez
Que le cheval est enchanté, d'après ce qu'on dit.
Ce fut un dragon qui l'engendra avec une serpente
Les deux le gardent au fond d'un précipice
En compagnie d'un Diable farouche, je vous dis la vérité
Hideux à démesure, dont le nom est Roënel(1)

Ce cheval faé est d'une si grande taille,
Qu'il porterait facilement toute une journée
Trois chevaliers armés pour un tournoi,
Sans qu'une seule goutte ne perle sur son flanc

(1) rosse en breton est un cheval vieux ou sans valeur.

Rosse est  bien un des noms du cheval androcèphale de la mythologie germanique et celtique. Le dénigrement en breton d' un cheval vieux ou sans valeur "Ar rosse" cache le nom de cette divinité païenne, rebut du passé, dans ce monde rural  devenu chrétien !


 

Le breton connaissent aussi une autre espèce de génie ou de lutin appelé Teuss, dont  le nom et les qualités rappellent Ies Dusii, démons incubes  des gaulois selon Isidore de Séville et saint Augustin. Dom Martin dit que Dusii est un mot celte, avec terminaison latine, formé de Teuss qui signifie tout en qui parait et disparaît eu un moment: un lutin, un spectre, un fantôme. Ceci nous fournirait une preuve, entre-autre, du mélange qui s'est opéré dans nos croyances superstitieuses, des traditions gauloise» avec des les traditions scandinaves.

 

Variation sur ce même thème légendaire :

Les gens de l'Arrée expliquent aussi qu'un grand trésor est caché dans les ruines de Kastel-Guibel ; seule une jeune fille de dix-huit ans pourrait le retrouver. De là haut, paraît-il, un souterrain conduit encore au bourg d'Huelgoat. Si l'on en croit une vieille du pays, il serait tout pavé de pièces de cinq francs.

L'un des souterrains de la ville d'Ys aboutit dit-on au gouffre d'Huelgoat et le bruit qu'on y entend n'est pas seulement produit par la rivière mais aussi par les vagues qui s'en viennent jusque là...

BERNARD DE PARADES

  la mare aux fées  (Bran -ruz  Auclair -Deschamps Casterman)                                                        

 Derrière chaque arbre, derrière chaque pierre .Sortant du gouffre légendaire, la rivière d'Argent coule au milieu d'innombrables rochers. Ie signet d l' Argoat est un monde de légendes où la croyance fabuleuse reste tapie : «La Mare aux Fées >>

. C'est le lieu de réunion de ces Dames des bois. La reine occupe le plus haut rocher et les petites fées se placent sur les autres pierres. Une fois l'an, la nuit de la Saint Sylvestre, elles tiennent séance plénière et celles qui ont désobéi à la règle des fées sont alors jugées. C'est ainsi qu'une .jeune fée accusée d'avoir parlé aux garçons du pays, fut jetée dans la Mare en punition de ce forfait. La fée est restée au fond de l'eau claire. Mais ceux qui cherchent à l'apercevoir sont irrésistiblement attirés vers la Mare et se noient.


La salle de danse ». Les pompiers de Huelgoat, après avoir détourné le cours d'eau, y ont pénétré une fois, à la demande d'une famille, pour rechercher le corps d'un suicidé qu'ils ont d'ailleurs retrouvé en compagnie d'autres ossements d'inconnus...Quelques centaines de mètres plus bas, la rivière reparaît à la lumière du jour et s'élargit, formant la Mare aux Fées où il ne fait pas bon s'aventurer au clair de lune. C'est là, selon les anciens, que les « lavandières de la nuit » viennent effectuer parfois leur lessive funèbre. Si vous les rencontrez, elle vous demanderont sûrement de les aider à tordre leurs draps mouillés. Alors prenez garde ! il faut connaître le « truc ». Car il y a toujours un « truc », bien entendu. Celui-ci consiste à tourner toujours le drap dans le même sens que votre partenaire, malgré ses sarcasmes et sesprotestations. Et si vous suivez ce conseil, vous aurez la vie sauve. Mais si par malheur et ignorance, vous tordez le drap en sens contraire, comme on le fait habituellement, alors ce drap sera votre suaire. Vous ne pourrez plus le lâcher, et la lavandière maudite vous arrachera les bras et la vie sans pitié.Mon père, travaillant un jour près de cette Mare aux Fées, y trouva un avant-bras humain en état de décomposition avancé. Peut-être s'agissait-il du membre d'une infortunée victime des « lavandières » ; ou peut-être aussi d'un morceau échappé de la « salle de danse » où les cadavres mènent un ballet perpétuel, rythmé par le grondement de la cascade.

Fanch Guillemin de Kermaria en Huelgoat «De son livre: Les sorciers du bout du monde- 1988 .

Conte celtique 1894 Paul Sérusier  DallasMuseum of Art

Selon les vieilles paysannes de grand savoir, les fées sont des princesses d'autrefois. N'ayant pas voulu de l'eau du baptême, prodiguée par les Saints venant en Bretagne, elles furent frappées jusqu'à la fin des siècles de la malédiction de Dieu. Les érudits celtomanes voient en ces fées le souvenir des druides ses survivant dans la forêt à l'écart du christianisme envahisseur.

la gwrac'h du Huelgoat collection personnelle.

Ar wrac'h ar puñs , la sorcière du Hüelgoat ( le jour une vielle femme hideuse, la nuit une  fée.)

Quoiqu'il en soit, les fées d'Huelgoat sont dans la bonne tradition. Comme toutes leurs sœurs, elles se tiennent au bord de l'eau et se distraient en peignant à longueur de nuit leurs longs cheveux blonds, avec un peigne d'or. Aux heures nocturnes leur beauté est incomparable, mais de jour, ce ne sont que de vieilles femmes aux cheveux d'un blanc sale. Groac'h, boudig (dans les Monts d'Arrez) ou Korrigane, la Basse- Bretagne ne leur concède pas la bonté. Ce sont des jeteuses de sorts, amies des sorcières et de toutes les mystérieuses voleuses de beurre qui sévissent toujours dans la campagne de l'Argoat.

Que se racontent-elles en leur assemblée annuelle ? Ressassent-elles leurs anciens méfaits: des chasseurs ou des bûcherons métamorphosés en arbres des bois, des chevaliers partis à la quête de quelque oiseau merveilleux et changés en pierre par leur pouvoir ? Peut-être en percevrez-vous les propos dans le ruissellement de cette rivière qui est d'Argent... comme la parole

BERNARD DE PARADES

  Bran ruz

 

La légende de la Ville d'IS au Hüelgoat

Is ou Izel signifie en breton, Bas, par opposition à uhel qui veut dire Haut, Ker Is devient ainsi la ville basse, multipliant ainsi ses chances d’être submergée

 On ne connaît des enfants de Grallon qu'une fille, à qui ses dérèglements et ses crimes ont donné une affreuse célébrité. Il y a dans la Basse- Bretagne , près du village de Huelgoat, une espèce de fondrière , un abîme d'où s'élèvent des bruits lugubres: ce sont, au dire des paysans voisins, les gémissements des amants de la princesse ,qu’elle faisait précipiter dans ce Gouffre ,victimes de ses fureurs et de son inconstance .Cette princesse se nommait , Ahès ,et on lui attribue la fondation du château de  Ker-Ahès ,qui est devenu la ville de  Carhaix .Histoire de Bretagne par M. Daru. En 1826

Pitre Chevalier (17) écrit dans l’édition de 1844 de « La Bretagne ancienne » :
« L’exemple des débauches était donné publiquement par la fille même de Grallon, la belle Ahez ou Dahut, dont les débordements surpassent tout ce qu’on nous a conté d’Honoria, de Messaline et de Marguerite de Bourgogne. Les paysans d’Huelgoat montrent encore un gouffre où Dahut faisait précipiter ses amants…
…La ville d’Is, conquête de l’industrie sur la mer, occupait une plage très basse, incessamment menacée par les flots ; elle avait des remparts, des digues et des écluses dont les clefs étaient déposées dans une cassette de fer ; le roi seul ouvrait cette cassette au moyen d’une clefs d’or suspendue à son cou.
Or Dahut qui avait promis cette clef d’or à un de ses amants, la ravit à son père endormi par ses caresses ; et quelques instants après, la mer entrait dans la ville. »


Les montagnes de l'Arrée formaient autrefois une grande ville dont les murs et les tours se voyaient de toute la Bretagne. C'était une cité de carriers riches d'un travail alors bien payé. Une nuit de Noël qu'ils festoyaient au lieu d'aller à la messe de minuit, les murailles s'écroulèrent, la montagne s'ouvrit, engloutissant tout ce peuple de carriers sans foi. Sur les landes on entend encore parfois de grands coups sourds, comme si des mineurs travaillaient à l'intérieur de la montagne. Ce sont les carriers maudits qui taillent des pierres pour reconstruire leur ville. Jusqu'à la fin des temps, ils peineront en vain. Un bloc à peine équarri retombe aussitôt en poussière. Ils jurent alors si fort que toute la montagne en tremble.

BERNARD DE PARADES


Dimanche, 7 août. On peut aller aujourd'hui en chemin de fer de Carhaix à Morlaix, et je ne sais pas de parcours plus varié à travers une nature plus féconde en contrastes. J'ai pris le train pour Le Huelgoat ou se célèbre le pardon de Notre-Dame des Cieux {Itron Varia an Envou). On descend à la petite station de Locmaria. Je me mêle à une troupe de pèlerins pour faire en leur compagnie les cinq kilomètres de montée qui nous restent à gravir. Ils viennent de Poullaouen, du pays des mines, dont j'ai entrevu tantôt, au passage, les landes arides et bouleversées. Ils ne ressemblent pas à leur pays. Ils ont le visage gai, chantent en marchant et sont volontiers causeurs, expansifs. Comme je m'arrête, selon l'usage, pour me pencher au-dessus du fameux gouffre d'Ahès, l'un d'eux me dit: Gageons que l'histoire de ce gouffre vous est inconnue et incontinent, il me la raconte, avec sa belle verve un peu gouailleuse de Cornouaillais des monts.

« Quelle était Ahès, vous le savez aussi bien que moi, et comment Gralon, son père, sur les conseils de Guennolé, le moine blanc, la poussa dans l'abîme. Ce que vous ne savez peut-être pas, c'est que de la ville d'Is partaient dans toutes les directions des souterrains qui allaient aboutir parfois à plus de trente lieues dans l'intérieur du haut pays. La mer, après avoir englouti la ville, se rua dans ces souterrains. Le gouffre que voici est l'orifice de l'un d'eux, et le fracas que vous entendez n'est pas produit par la rivière, qui à elle seule ne suffirait pas à faire tant de bruit, mais bien dans les grandes vagues de l'Océan, bouillonnantes là, sous nos pieds.

« Quelquefois, quand la lune est claire et la nuit silencieuse, on prétend qu'une voix jeune et pure s'élève tout à coup, dominant le tumulte des eaux, et chante une chanson si belle que les étoiles dans le ciel font halte pour l'écouter. La tradition veut que ce soit Ahès, maintenant Mary Morgane qui, à la clarté de la lune, dans la nuit, chante.

Ahès, brêman Mari Morgan, E skeud al loar, d'an noz, a gan.

« Des gens l'ont vue, au fond du gouffre, toute blanche, sa chevelure d'or flottant dénouée sur ses épaules. Elle tendait les bras vers eux. comme pour les supplier d'avoir pitié d'elle et de la délivrer. Elle cherche à échapper à la mer qui la possède et où elle est condamnée à faire le métier de sirène jusqu'à ce qu'une autre pécheresse, aussi jolie et aussi coupable qu'elle, vienne prendre sa place. » Le gars de Poullaouen ajoute malicieusement : — Il y a bien assez de pécheresses dans nos parages, mais il paraît qu'il leur manque quelque chose pour tenir l'emploi

Anatole Le Bras

LÉGENDAIRE DES MINEURS

SI la rivière du Fao troque son nom à partir du Chaos du Moulin pour celui de Rivière d'Argent, l'origine est à rechercher simplement dans ce plomb argentifère qui s'extrayait encore au siècle dernier à Huelgoat, et à Poullaouen.

Une légende marque le début de cette exploitation. Un soir, un homme» revenait de la forêt. Il longeait le ruisseau, lorsqu'il arriva à un endroit où les femmes lavaient à grands coups de battoirs. C'étaient les lavandières de nuit.

Ken na zeuy kristen salver

 Red e gwelhî linser

Dindan an erh hag an aer

.« Jusqu'à la venue d'un chrétien sauveur, il faut laver notre linceul sous la neige et le vent. »Et les funèbres laveuses de l'entourer. L'homme savait sa dernière heure ; venue, lorsque la plus vieille femme lui dit : « Aide-moi à essorer ce linceul et tu sera riche pour le reste de tes jours ». L'homme savait que quiconque rencontrait !  les lavandières de nuit devait avoir bien soin de tordre le drap dans le même sens  qu'elles. La Groac'h vit bientôt qu'elle avait devant elle un homme averti et ; fidèle à sa parole, lui remplit les poches de pierres brillantes d'argent. Rentré à Huelgoat, l'homme montra sa fortune et les mineurs accoururent.

Depuis cinquante ans, les mines définitivement abandonnées laissent leurs 'bâtiments et leurs puits s'écrouler dans un décor lunaire de scories et de déblais qui n'est pas sans grandeur. Aujourd'hui, des paysans et des journaliers se sont installés dans ces villages nommés la Mine, Poullabas ou la Molette, en souvenir d'une machine qui fit la révolution en son temps.

Seul le lutin légendaire du sous-sol, « le petit mineur », doit encore gîter dans le filon. Les ouvriers de la mine le connaissaient bien : quand il frappait sa manette sur le fleuret, c'était signe de travail fructueux, mais lorsque les mineurs entendaient le bruit de sa hache, c'était l'annonce d'un accident,

BERNARD DE PARADES

    Dans la tradition locale, les derniers mineurs de la mine de Locmaria-Berrien  expliquaient sa fermeture,elle était voulue par ses propriétaires car avec le temps l'argent se transforme en or dans les profondeurs de la Terre ) .(Louis Priser, notre instituteur nous avait conté en classe le témoignage énigmatique du mythe de la Pierre philosophale collecté en temps que journaliste local du Télégramme lors d'un de ses reportages sur le dernier mineur  de Locmaria )

 

•Extrais de la Légende de la Ville d' IS  d'Emile Souvestre  vers 1836

Celle-ci s'élevait a la place même où vous voyez aujourd'hui la baie de Douarnenez. Elle était si grande et si belle que, pour faire l'éloge Je la capitale des gaulois, les hommes de ancien temps n'ont rien trouvé de mieux que de l'appeler Par-is, c'est-à-dire l'égale d'is. Elle était bâtie plus bas que la mer, et défendue par des digues dont on ouvrait les portes à certains moments, pour faire entrer et sortir les flots. La princesse Dahut, fille de Gradlon, portait toujours suspendues au cou les clefs d'argent de ces portes, ce qui fait que le peuple l'appelait la princesse Alc'huèz ou plus brièvement Ahèz. Comme c'était une grande magicienne, elle avait embellit la ville d'ouvrage» que l'on ne peut demander à la main des hommes. Tout les korrigans de Cornouailles et de Vannes étaient venus, sur son ordre, pour construire les digues .et forger les portes qui étaient de fer; ils avaient couvert le palais d'un métal semblable a l'or (car les korrigans sont d'habiles faux monnayeurs) et entourés  les jardins de balustrades qui brillaient comme de l'acier poli. C'étaient eux qui soignaient les écuries de Dahut, pavées de marbre noir, rouge ou blanc, selon la couleur des chevaux, et qui entretenaient le port où l'on nourrissait les dragons marins | car Dahut avait soumis par son art les monstres de la mer et en avait donné un  chaque habitant de Keris, qui s'en servait comme d'un coursier pour aller chercher, au delà des flots, les marchandises rares, ou pour atteindre les vaisseaux des ennemis. Aussi tous ces bourgeois étaient si opulents, qu'il mesuraient le grain avec des hanaps d'argent Dahut donnait  l’exemple; c'était, jour et nuit, fête dans son palais. On voyait arriver, des pays les plus éloignés, des gentilshommes et jusqu'à des princes attirés par la renommée de cette cour. Gradlon les recevait avec amitié, el Dahut encore mieux; car, si c'étaient des jeunes gens de belle apparence, elle leur donna un masque magique avec lequel ,ils pouvaient, dès le soir, la rejoindre secrètement dans une tour bâtie an bord des écluses.« Ils y restaient avec elle jusqu'à l'heure ou les hirondelles de mer  recommençaient à passer devant les fenêtres de la tour; alors la princesse leur disait bien vite Adieu, et, pour qu'ils puissent sortir sans être vus comme ils étalent arrivés, elle leur  remettait le masque enchanté; mais cette fois il se resserrait lui  même les étranglait !. Un homme noir prenait alors le corps mort, le plaçait en travers sur  son cheval , comme un sac de monture et jeter au fond d’un  précipice, entre Huelgoat et Poullaouen. Ceci est bien la vérité, car aujourd'hui même, pendant les nuits sombres, on entend, au fond de la ravine, les plaintes de leurs âmes. Que les Chrétiens pensent a elles dans leurs prières!

Or, un soir qu'il y avait fête chez elle ,on vint lui annoncer un prince puissant, venu des extrémités de la terre pour la voir. C'était un homme de grande taille, tout vêtu de rouge, et si barbu, qu'on apercevait à peine ses deux yeux, qui brillaient comme des étoiles. Il adressa a la princesse un compliment en rimes si bien tourné, qu'aucun batvalen de Cornouailles n' eût pu en inventer de pareil ; puis il se mit à parler avec tant d'esprit, que tout le monde en demeura émerveillé. " Mais ce qui frappa surtout les amis de Dahut, ce fut de voir combien l'étranger était plus habile qu'eux dans le mal. Il savait, non-seulement tout ce que la malice humaine a inventé depuis la création, dans toutes les terres habitées par des êtres parlant, mais tout ce qu'elle inventera Jusqu'au moment où les morts se lèveront de leur tombe pour être jugés ! Allez et les gens de sa cour reconnurent qu'ils avaient trouvé leur maître, et tous résolurent de prendre des leçons du prince barbu.

"Pour commencer, celui-ci leur proposa un branle nouveau, qui n'était autre que le passe-pied dansé en enfer par les sept péchés capitaux. Il fit entrer, pour cela, un sonneur qu'il avait amené avec lui. C'était un petit nain vêtu d'une peau de bouc, et qui portait sous sou bras un biniou dont le chalumeau lui servait de penbaz.

o A peine se fut-il mis à sonner, que Dahut et ses gens furent saisis d'une espèce île frénésie et se mirent à tourner comme des tourbillons de mer. L'inconnu en profila pour enlever à la princesse les clefs d argent des écluses et pour s'échapper de la fête.

" Pendant ce temps, Gradlon était seul dans son palais situé à l'écart; il se tenait dans une grande salle obscure, et il était assis sur l'âtre, près d'un feu éteint. Il sentait la tristesse lui tomber dans le cœur, lorsque tout à coup la porte s'ouvrit des deux cotés, et saint Corentin parut sur le seuil avec un cercle de feu autour du front, la crosse d'évêque  à la main et marchant dans un nuage de parfum.

" -Levez-vous, grand roi, " dit-il à Gradlon prenez ce qui vous reste ici de précieux et fuyez, car Dieu a livré cette ville maudite au démon. "

o Gradlon, effrayé, se leva aussitôt, appela quelques vieux serviteurs, et après  avoir pris son trésor, il monta son cheval noir et partit a la suite du saint qui glissait  dans l'air comme une plume.

" Au moment où ils passaient devant la digue, il entendit un grand mugissement de flots et aperçut l'étranger barbu , qui avait  repris sa forme de démon, occupé à ouvrir toutes les écluses avec les clefs d'argent enlevées à Dahut. La mer descendait déjà sur la ville en cascades, et l'on voyait les flots élever leurs têtes blanches au-dessus des toits, comme s'ils montaient a l'assaut. Le" dragons  enchaînés dans le port mugissaient de terreur, car les animaux aussi sentent la mort venir.

Gradlon voulut jeter un cri d'avertissement ; mais Corentin lui répéta de fuir, et il s' élança au galop vers le rivage. Son cheval traversa ainsi les rues, les places, les carrefours, poursuivi par les flots et toujours les pieds de derrière dans la vague. Il passait devant le palais de Dahut, lorsque celle-ci parut sur le perron, les cheveux épars comme une veuve, et s'élança derrière son père. Le cheval s'arrêta subitement, fléchit, et l'eau monta jusqu'aux genoux du roi.

A moi,saint Corentin ! cria--t-il épouvanté." - Secouez le péché que vous portez derrière vous,  répondit le saint,  et  par le secours de Dieu, vous serez sauvé ! "

" Mais Gradlon qui, malgré tout, était père, ne savait à quoi se résoudre. Alors Corentin toucha avec sa crosse d'évêque l'épaule de la princesse, qui glissa dans la mer et disparut au fond du gouffre-, appelé depuis le gouffre d'Ahèz.

" Le cheval, ainsi délivré de sou fardeau, s'élança en avant et atteignit le rocher de Garrec où l'on voit encore la marque d'un de ses fers.

 Le roi tomba d'abord à genoux pour remercier le ciel, puis se retourna vers Keris, afin de juger le danger auquel il avait miraculeusement échappé; mais il chercha en vain l'ancienne reine des mers. Là où il y avait, quelques instants auparavant, un port, des palais, tant de richesses et de milliers d'hommes, on ne voyait plus qu'une baie profonde qui reflétait les étoiles, tandis qu'à l'horizon, debout sur le dernier débris des digues? submergées, l'homme rouge montrait les clefs d'argent avec un geste de triomphe.

Extrais de la Légende de la Ville d' IS  d' Emile Souvestre  vers 1820

 

Ma soeur m'avait raconté une drôle histoire ,lorsqu'elle a de nos nouveaux invités au Huelgoat.,elle les fait visiter les sites.  Joelle ,une de ses amies une belle blonde Lorraine ,à la Mare qui a encore comme nom les Salles vertes fut sans explication logique comme attirée par les fées des Salles pour se retrouver au milieu la rivière toute dévêtue.

La légende du hok-brasLa légende du géant Hok-bras et de la fée d'Huelgoat

http://www.dailymotion.com/video/x2n7ywd