Le calvaire énigmatique de la chapelle de Saint Herbot (1575).

Ce très intéressant calvaire, sans doute l'un des plus riches et des plus curieux de sa catégorie, est bien méconnu.( Gwenc'hlan Le Scouezec)

Tous les calvaires  bretons catéchisent  le Salut ou la Rédemption  qui signifie  le rachat des péchés dans la religion chrétienne. La Rédemption amène le croyant à la purification afin que l'Esprit Saint vienne en lui. La Bible aborde la rédemption en tant que rachat du  péché original d' Adam  par la mort du Christ, par son sang versé. Celui de Saint Herbot se personnalise des autres calvaires par une iconographie païenne incontestable, une profusion d'anges, de calices, de crânes, un serpent celtique qui  lèche la plaie du Christ , Adam en korrigan , etc..

Tous les calvaires  bretons catéchisent  le Salut ou la Rédemption


L'initiation par le Graal, soi la Rédemption de l'humanité du péché originel d' ADAM par le sang du Messie  Jésus.

Le décret du concile de Trente portant sur le péché originel précise notamment : que le péché d’Adam est transmis héréditairement à toute la postérité du premier homme ; qu’il est impossible à l’homme de se laver seul de ce péché sans la médiation du Christ rédempteur ; que les nouveau-nés naissent marqués du péché et ont besoin d’être baptisés pour obtenir la vie éternelle.

L'ÉVANGILE APOCRYPHES DE NICODEME.

C'est à l'Évangile de Nicodème qu'est due l'introduction dans les traditions armoricaines et dans les romans de la Table-Ronde du mythe célèbre du St-Graal, de ce vase sacré dans lequel Joseph d'Arimathie avait recueilli le sang précieux de son maître.

Adam  en korrigan ,il a les yeux fermés,attendant  le Jour de la Résurrection

Que son sang soit sur nous et sur nos enfants » (Mt 27, 25)

Sur le fascinant calvaire de Saint-Herbot déjà évoqué, les anges qui veillent au pied du crucifix sont debout, posant le calice sur la tête d'un petit personnage qui n'est autre qu'Adam, qui en tant que représentant symbolique de la race humaine, est le premier bénéficiaire de la Rédemption par le sang du Christ. Les pèlerins du Saint-Sépulcre à Jérusalem s'étonnent parfois de voir au-dessous de l'autel qui porte le souvenir du trou où fut plantée la croix, la grotte qui passe pour être le lieu de l'ensevelissement de notre père Adam.  (Yves-Pascal Castel)

La tradition religieuse considère que c'est le lieu où Adam est né, où il a péché et où son corps fut enfoui. Melchisédech, roi de Jérusalem au temps d'Abraham, aurait déposé le crâne d'Adam dans le calvaire. Les descendants de Noé lui auraient légué cette précieuse relique.

Le Golgotha, ou calvaire, représente le lieu de crucifixion de Jésus et des deux brigands. Certains avancent que lors de la crucifixion de Jésus, on aurait découvert le crâne d’Adam, enseveli en ce même lieu. La tradition chrétienne enseigne que le sacrifice de Christ puis sa résurrection trois jours après, pardonne le péché originel dont Adam était responsable et apporte de ce fait le salut de l'humanité ; à tous ceux qui croient en ce salut

LE LIVRE DE LA GENÈSE Chapitre 9

Gn 9,1. Alors Dieu bénit Noé et ses enfants, et Il leur dit: Croissez et multipliez-vous, et remplissez la terre.

Gn 9,2. Que tous les animaux de la terre et tous les oiseaux du ciel soient frappés de terreur et tremblent devant vous, avec tout ce qui se meut sur la terre. J'ai mis entre vos mains tous les poissons de la mer.

Gn 9,3. Nourrissez-vous de tout ce qui a vie et mouvement: je vous ai abandonné toutes ces choses, comme les légumes et les herbes de la campagne.

Gn 9,4. J'excepte seulement la chair mêlée avec le sang, dont Je vous défends de manger.

Gn 9,5. Car je vengerai votre sang de toutes les bêtes qui l'auront répandu, et je vengerai la vie de l'homme, de la main de l'homme, et de la main de son frère.

Gn 9,6. Quiconque aura répandu le sang de l'homme, sera puni par l'effusion de son propre sang: car l'homme a été créé à l'image de Dieu.

 

Ezéchiel, chapitre 18 20

Celui qui pèche, c’est lui qui mourra : le fils ne portera pas la faute du père ni le père la faute du fils ; la justice du juste sera sur lui et la méchanceté du méchant sera sur lui

Le pêché original d' Adam est ignoré dans le Coran.

Sourate 20

Pré-Hégire


Au nom d'Allah, le Tout Miséricordieux, le Très Miséricordieux

 

114.Que soit exalté Allah, le Vrai Souverain! Ne te hâte pas [de réciter] le Coran avant que ne te soit achevée sa révélation . Et dis : "Ô mon Seigneur, accroît mes connaissances! "

115.En effet, Nous avons auparavant fait une recommandation à Adam; mais il oublia; et Nous n'avons pas trouvé chez lui de résolution ferme.

116.Et quand Nous dîmes aux Anges : "Prosternez-vous devant Adam", ils se prosternèrent, excepté Iblis qui refusa.

117.Alors Nous dîmes : "Ô Adam, celui-là est vraiment un ennemi pour toi et ton épouse. Prenez garde qu'il vous fasse sortir du Paradis, car alors tu seras malheureux.

118.Car tu n'y auras pas faim ni ne sera nu,

119.tu n'y auras pas soif ni ne seras frappé par l'ardeur du soleil

120.Puis le Diable le tenta en disant : "Ô Adam, t'indiquerai-je l'arbre de l'éternité et un royaume impérissable? "

121.Tous deux (Adam et ève) en mangèrent. Alors leur apparut leur nudité. Ils se mirent à se couvrir avec des feuilles du paradis. Adam désobéit ainsi à son Seigneur et il s'égara.

122.Son Seigneur l'a ensuite élu, agréé son repentir et l'a guidé.

123.Il dit : "Descendez d'ici, (Adam et ève), [Vous serez] tous (avec vos descendants) ennemis les uns des autres . Puis, si jamais un guide vous vient de Ma part, quiconque suit Mon guide ne s'égarera ni ne sera malheureux.

124.Et quiconque se détourne de Mon Rappel, mènera certes, une vie pleine de gêne, et le Jour de la Résurrection Nous l'amènerons aveugle au rassemblement" .

« Or Adam recueillit de son Seigneur certaines paroles et il revint de son erreur. Dieu agréa son repentir car Il est l’Absoluteur, le Miséricordieux

Nous dîmes : « Descendez-en tous. Quand vous viendra de Moi une guidance, alors qui suivra Ma guidance…

- Pour eux, point de crainte à se faire, non plus qu’à s’affliger

(Coran II, 37-38)


LE PELAGIANISME

Le pélagianisme soutenait que l'homme pouvait, par son seul libre arbitre, s'abstenir du péché. Il contestait le péché originel et affirmait la doctrine des limbes pour les enfants morts sans baptême. En effet, pour le moine breton les hommes ne doivent pas supporter le péché originel d'Adam - qui n'a nui qu'au seul Adam - dans leurs actions et ne doivent donc pas se racheter à jamais

Dans la théologie chrétienne, le pélagianisme est la doctrine hérétique qui considère le libre arbitre de l'Homme comme l'élément déterminant de ses possibilités de perfectionnement et minimise ou nie la nécessité de la grâce et de la rédemption divines.Pélage ou Pelagius (v. 360-422), moine originaire de Bretagne, doté d'un grand savoir mais d'un caractère austère, est l'initiateur de cette doctrine.

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Pélage : Breton ?Le « pélagianisme »« L’esprit du pélagianisme »Pierre Abélard : Breton ?La pensée de Pierre Abélard La notion d’« universel »Descartes : Breton ?

 


Sur la crédence, le Christ ressuscité est reconnaissante aux plaies des mains et des pieds. Assisté de deux anges au profil de médaille, il annonce la paix de la fin des temps : la sphère à ses pieds représente l'univers, et le fer à cheval qui domine celle sphère évoque l'arc-en-ciel que Dieu accrocha au .firmament en signe de paix et d'alliance pour Noé après le déluge.

 

Gn 9,7. Croissez donc, vous autres, et multipliez-vous, entrez sur la terre et remplissez-la.

Gn 9,8. Dieu dit encore à Noé, et à ses enfants aussi bien qu'à lui:

Gn 9,9. Je vais faire alliance avec vous, et avec votre race après vous,

Gn 9,10. et avec tous les animaux vivants qui sont avec vous, tant les oiseaux que les animaux, ou domestiques, ou de la campagne, qui sont sortis de l'arche, et avec toutes les bêtes de la terre.

Gn 9,11. J'établirai Mon alliance avec vous; et toute chair ne périra plus désormais par les eaux du déluge; et il n'y aura plus à l'avenir de déluge qui extermine toute la terre.

Gn 9,12. Dieu dit ensuite: Voici le signe de l'alliance que J'établis pour jamais entre Moi, et vous, et tous les animaux vivants qui sont avec vous.

Gn 9,13. Je mettrai Mon arc dans les nuées, afin qu'il soit le signe de l'alliance que J'ai faite avec la terre.

Gn 9,14. Et lorsque J'aurai couvert le ciel de nuages, Mon arc paraîtra dans les nuées;

Je mettrai Mon arc dans les nuées, afin qu'il soit le signe de l'alliance que J'ai faite avec la terre.

Gn 9,15. Et Je Me souviendrai de l'alliance que J'ai faite avec vous et avec toute âme qui vit et anime la chair; et il n'y aura plus à l'avenir de déluge qui fasse périr dans ses eaux toute chair qui a vie.

Gn 9,16. Mon arc sera dans les nuées, et en le voyant Je Me ressouviendrai de l'alliance éternelle qui a été faite entre Dieu et toutes les âmes vivantes qui animent toute chair qui est sur la terre.

Gn 9,17. Dieu dit encore à Noé: Ce sera là le signe de l'alliance que J'ai faite avec toute chair qui est sur la terre

 

Pour moi, ce n'est pas saint Herbot avec le bourdon de pèlerin, le bâton de Moïse et le Livre ouvert, mais saint ELIE  le prophète  de la venue du  Messie  de l'Ancien Testament.

Voici, je vous enverrai Élie, le prophète,

avant que le jour de l’Éternel arrive,

ce jour grand et redoutable. Malachie 4,5

Mc 9:11-

Et ils lui posaient cette question : " Pourquoi les scribes disent-ils qu'Élie doit venir d'abord ? "

Mc 9:12-

Il leur dit : " Oui, Élie doit venir d'abord et tout remettre en ordre. Et comment est-il écrit du Fils de l'homme qu'il doit beaucoup souffrir et être méprisé ?

Mc 9:13-

Mais je vous le dis : Élie est bien déjà venu et ils l'ont traité à leur guise, comme il est écrit de lui. "

 

L' ANKOU

Le Démon psychopompe. ses attributs  la fourche et la serfouette

 Il est bien une représentation de l'ANKOU avatar de Cernunnos le dieu des marais du Yeun-Ellez

  La vierge retient le cadavre d' une main placée sous son coté droit , à l' endroit même une bête paraît lécher le sang qui suinte de la plaie.  (Cette bête ressemble non à un chien mais à un des serpents celtiques  des motifs sculptés du porche nord de la Chapelle de Saint Herbot. La bête de l' Apocalypse de Jean  13.2 )

Ouest : La tradition qui veut que Jésus aie été crucifié face au couchant est ici respectée. Les plis de son pagne, les volutes des vêtements de Marie et de Jean rappellent l'art roman. Des anges recueillent le Sang de Jésus à ses mains, à son côté et à ses pieds.

Du côté chapelle, le bon larron, entouré d'anges, regarde vers le Christ. De l'autre côté, détournant les yeux et langue pendante, le mauvais larron est déjà voué à la damnation : un démon lui entortillé la jambe et l'entraîne ; un autre démon, aux ailes inquiétantes de vampire, l'attend armé d'une fourche et d'une serfouette.

Sur la crédence, un Christ ressuscité est reconnaissante aux plaies des mains et des pieds. Assisté de deux anges au profil de médaille, il annonce la paix de la fin des temps : la sphère à ses pieds représente l'univers, et le fer à cheval qui domine celle sphère évoque l'arc-en-ciel que Dieu accrocha au .firmament en signe de paix et d'alliance pour Noé après le déluge.

De là le petit personnage énigmatique supportant le calice au pied de Jésus s'explique mieux : c'est très probablement Adam, Cette face ouest du Calvaire forme alors une unité : la Croix du Christ concerne l'humanité entière d'un bout à l'autre de son histoire, d'Adam à la Un des temps, la Croix étant l'événement central.


Est : La face Est n'a pas moins son unité : elle a nom compassion. La compassion est le propre de celui qui partage ce qu'un autre subit.

Ici, sur la crédence, Véronique présente un linge où figure le visage de Jésus supplicié : sa compassion pour le maître ressemble la pitié de ce dernier pour les blessés de la vie (des anges à côté d'elle montrent marteau, tenailles ou fouet, instruments habituels de la croix.)

Au-dessus figure une pietà ou descente de croix. Très expressif, le corps de Jésus repose sur une ligne horizontale. La compassion de lu mère pour son Fils est rejointe par celle de Jean pour son ami et maître, el par celle de Marie Madeleine pour son *rabbouni», qui lui avait pardonné lorsqu'elle avait répandu du parfum sur ses pieds, d'où la cassolette de parfum qu'elle tient.

Que vient faire alors saint Herbot avec son bâton de pèlerin et son livre ouvert ? Il est fait le témoin du Christ mort et ressuscité dans ce coin de Bretagne. Sa passion pour lui est telle qu'aujourd'hui encore il continue à évangéliser ceux qui passent. Il est le signe de la compassion, de la pitié, du Christ Jésus pour les hommes de tous les temps..

Tout en haut de la croix, deux anges se touchent du bout des ailes pour former un dais au dessus du Christ d'un côté et de saint Herbot de l'autre.

Source Saint Herbot revisité ( association Tro war dro sant Herbot  Robert Tavennec  1998)  

Saint-Herbot no 1, g. k. 7 m. 1575. Trois degrés de plan octogonal. Socle carré d’arcatures en plein cintre: CESTE CROIX FVT FAICT EN L AN 1575 M. MATHIEV. CRAVEC PG (prêtre gouverneur) N H MNVIXXV (?). Fût à écots. Croisillon de plan complexe orné, anges, démons, Christ de l’Apocalypse avec les élus. Gibets des larrons, ange et démon aux pieds, statues: Vierge, Jean. Croix centrale fleuronnée, crucifix, anges au calice, ceux du pied posant leur coupe sur la tête de l’Adam régénéré, les autres, juchés sur des colonnes. Au sommet, anges adossés, les pointes de leurs ailes mordues par des masques. Au revers, Vierge de Pitié. Le programme iconographique établi sur la théologie de la Rédemption s’allie avec la liberté d’expression que s’accorde le sculpteur, jusqu’au seuil d’une dérision transfigurée en hiératisme.
Y.-P. Castel  
http://www.croix-finistere.com/commune/plonevez_du_faou/plonevez_du_faou.html

 

A quelques kilomètres au sud de Brennilis, au village de Saint-Herbot en Plonévez, s'élève l'un des joyaux artistiques de la Bretagne occidentale. Bâtie dans le vallon de l'Ellez, un peu au-dessus de la rivière, une chapelle y est dédiée au patron des bêtes à cornes, sur les lieux mêmes où, selon la tradition, il aurait installé son ermitage. Dans sa forme actuelle, elle fut élevée du XIVe au XVIe siècle et complétée d'une sacristie au XVIIIe siècle. Une tour carrée, un très beau porche sud, une nef à cinq travées, sans transept et terminée par un chevet plat, composent l'édifice. La façade nord n'est pas comprise dans l'enclos mais tombe d'aplomb dans la ruelle qui la contourne ; une porte s'ouvre au-dessus d'un escalier qui y descend. Au sud, un mur d'ardoise où grimpe le lierre et que rompent des échaliers enferme aujourd'hui des pelouses et un chamaecyparis. C'est là que s'ouvre le porche au milieu des pignons à fleurons. Il renferme les douze apôtres sur lesquels se devinent encore des traces de couleur. Les noms, inscrits en latin en bas des statues, permettent de les reconnaître, mieux que leurs emblèmes, assez pauvrement représentés. Mis à part en effet la clef de saint Pierre, la croix de saint André, le bâton et le chapeau de saint Jacques le Majeur et le coutelas de saint Barthélémy, les personnages ne portent guère que des livres, ouverts ou fermés. Quant à saint Jean, au lieu du vase et du serpent, symboles de l'empoisonnement dont il fut victime, c'est une palme de martyr qu'il tient ici.

Le calvaire dressé dans le placître est, à sa partie supérieure, grouillant de personnages, d'un style et d'une composition peu communs qui méritent toute notre attention. La base et l'élévation n'en sont point complexes cependant : surmontant les trois degrés octogonaux dont le premier forme banc, un socle évidé sur chacun de ses huit pans porte un fût écoté assez gros. Mais, dès que celui-ci se termine et avec lui l'emploi du granit, le kersanton, au-dessus, s'élargit en une floraison de lignes et de masses montantes où se mêlent en relief et en ronde bosse Dieu, saints et démons, et une multitude d'anges. Le chapiteau, de forte taille, constitue l'assise centrale de ce massif. A chacune de ses extrémités viennent se greffer deux consoles, l'une de telle manière qu'elle constitue une sorte de croisillon pour les gibets des larrons, et une autre, perpendiculaire et latérale. Il supporte en outre un socle, de taille plus petite, dans lequel s'insèrent la croix du Christ et, de chaque côté, un élément de colonnette où se place l'ange au calice.

Sur la face ouest du tailloir est représentée, en relief, une scène où le Christ, les bras levés, les membres portant la marque des clous, apparaît comme assis sur un demi-cercle, les pieds posés sur un globe, entre deux anges à genoux l'adorant. Ce pourrait être la Résurrection, Jésus sortant du tombeau, mais le motif n'est pas sans analogie avec le Jugement dernier tel qu'il est représenté au calvaire de Notre-Dame de Châteaulin, où le Christ triomphant est ainsi placé sur un arc de cercle, image du firmament, et un globe, symbole du monde. Ici, la composition est encadrée par deux anges qui servent de cariatides aux consoles perpendiculaires : celle du nord soutient une longue Vierge aux mains croisées sur la poitrine, celle du sud un saint Jean, mutilé de la tête. Les plis des vêtements sont traités avec recherche, plus calmes chez la mère, plus mouvementés et comme passionnés chez le fils.

A l'étage supérieur, ces deux grandes statues entourent un groupe, placé dans l'espace entre le chapiteau et le socle : les deux petits anges qui tendent, symétriquement aux pieds du Christ, le vase où s'écoule le sang, le tiennent au-dessus de la tête d'un personnage de taille encore plus réduite que la leur. Il s'agit certainement d'Adam dont le crâne, symboliquement, aurait été enterré sur le Golgotha : le sens, ici, est celui de la rédemption de l'humanité par le sang de Jésus. Et comme toute expression de vérités profondes est ambiguë, ne pourrait-on y voir aussi l'initiation par le Graal ? Les consoles extrêmes sont celles des larrons. Au nord, la cariatide est un ange long et cambré ; au sud, un monstre efflanqué, cornu et oreillu, au corps sînuant en S et tenant une binette. L'ange porte un autre ange devant le bon larron ; la bête fantastique, une autre bête fantastique au-dessous du mauvais larron. Celui-ci est tiré par son diable vers le bas à l'aide d'une corde attachée à son pied gauche. Entre les jambes du démon, une petite tête surgit, celle d'un damné sans doute, pour bien nous montrer la présence de l'Enfer. Les suppliciés, attachés bras retournés en arrière à leur bois en tau, sont torse nu, vêtus seulement de culottes à crevés à la manière du XVI* siècle. Ils sont dotés de grosses têtes barbues, aux traits épais, au modelé lourd avec d'étranges yeux globuleux. Entre eux et un peu en arrière, deux anges, plus grands que leurs congénères, en longues robes, juchés sur les colonnettes dont nous avons parlé, recueillent le sang des mains de Jésus. Celui qui est à sa droite tient un second calice pour la plaie du côté. Un ange, dont un étrange oiseau mordille les ailes, surmonte le Crucifié, au-dessous d'une girouette cassée, et domine l'ensemble des personnages. Jésus a, comme eux tous, un corps longiligne, un visage comme étiré, malgré des pommettes bien marquées, mais agrandi encore d'une barbe raide et de moustaches en poils de chat. Pour vêtement, il porte un pagne, aussi recherché dans son dessin que les robes de Marie et de saint Jean : par un étrange mouvement circulaire qui tient de la vague et de la spirale, soigneusement traité, ce linge centre le corps du Christ autour du pubis, en symétrie avec la tête.

La face orientale du calvaire offre à la sculpture les mêmes espaces que l'ouest. Tout en haut, un ange, les mains ouvertes ; au revers du Crucifié, saint Herbot présente des deux mains un livre et tient, au creux du bras droit, son bâton pastoral. Son visage est, dans le style général, gros et régulier ; sa barbe, finement peignée. Au-dessous de lui, contre le socle, une pietà à quatre personnes : le cadavre est disposé de trois quarts, zigzaguant ; la mère le soutient d'une main, sous le côté droit, à l'endroit où un animal, sans doute un chien, paraît lécher le sang. De part et d'autre, saint Jean et Marie-Madeleine ont au visage ce même modelé lourd et ces gros yeux. Ce n'est point là d'ailleurs, on le sent bien, manque d'habileté du sculpteur qui s'entend si finement à manier le ciseau pour fouiller les étoffes, mais style voulu, profondément original, destiné à engendrer cette impression forte que produisent sur le spectateur les images exemplaires, issues du monde passablement mystérieux de l'âme collective.

Immédiatement au-dessous de la pietà, le tailloir est sculpté en relief d'une Véronique au visage de nonne, encadré d'une guimpe, et tenant le linge à la Sainte Face au milieu des étoiles. Deux anges l'entourent, portant les instruments de la Passion; l'un tient le marteau, l'autre le fouet, tous deux les clous. M n'y a pas, de ce côté, de consoles perpendiculaires au chapiteau, mais, sous celle du mauvais larron, on aperçoit dans la main gauche du diable à la binette un autre instrument aratoire, une sorte de fourche a deux branches.

Ce très intéressant calvaire, sans doute l'un des plus riches et des plus curieux de sa catégorie, est bien méconnu, éclipsé peut-être dans l'esprit de ses visiteurs par l'art de son église ou par d'autres, plus conformistes. L'abbé Y.P. Castel, pourtant généralement avare de commentaires sur les monuments qu'il répertorie, n'a pas hésité à son sujet à ajouter curieusement cette phrase : « Le programme iconographique établi sur la théologie de la Rédemption s'allie avec la liberté d'expression que s'accorde le sculpteur, jusqu'au seuil d'une dérision transfigurée en hiératisme, a C'est bien la preuve que cet art dérange. Nous avouons cependant ne pas voir de hiératisme ici ; voici une sculpture plus mouvementée que bien d'autres dans l'art breton. A part la petite scène d'Adam, le calvaire n'est pas plus qu'un autre « établi sur la théologie de la Rédemption» : ils le sont tous. Mais ce qui semble ennuyer le prêtre, plus encore sans doute que l'historien, c'est cette liberté d'expression portée au seuil de la dérision. Dérision, ce n'est pas sur, mais connaissance aiguë du monde de l'âme, oui. par-delà le conventionnel et le respect du dogme établi : et c'est bien cela qui gêne.

Pierres sacrées de Bretagne : croix et sanctuaires (1983).Gwenc'hlan Le Scouezec et Jean-Robert Masson

CRIS D'AVEUGLE de Jean Moulin

Ce poème est bien la description de l' enclos et son calvaire énigmatique de la chapelle de Saint Herbot qui est situé dans le Menez Arrez  Jean -René Laurent , mon copain de beuverie des bars du Huelgoat, l' ancien professeur de lettres du lycée Tristan Corbière de Morlaix me l'a affirmé, m'a fait connaître ce poème de Tristan Corbière et me l'a récité entre deux bières.

LES AMOURS JAUNES par TRISTAN CORBIÈRE

CRIS D'AVEUGLE.

Sur l'air bas-breton: Ann hini goz

L'oeil tué n'est pas mort

Un coin le fend encor

Encloué je suis sans cercueil

On m'a planté le clou dans l'oeil

L'oeil cloué n'est pas mort
Et le coin entre encor

Deus misericors
Deus misericors
Le marteau bat ma tête en bois
Le marteau qui ferra la croix
Deus misericors
Deus misericors

Les oiseaux croque-morts
Ont donc peur à mon corps
Mon Golgotha n'est pas fini
Lamma lamma sabacthani
Colombes de la Mort
Soiffez après mon corps

Rouge comme un sabord
La plaie est sur le bord
Comme la gencive bavant
D'une vieille qui rit sans dent
La plaie est sur le bord
Rouge comme un sabord

Je vois des cercles d'or
Le soleil blanc me mord
J'ai deux trous percés par un fer
Rougi dans la forge d'enfer
Je vois un cercle d'or
Le feu d'en haut me mord

Dans la moelle se tord
Une larme qui sort
Je vois dedans le paradis
Miserere, De profundis
Dans mon crâne se tord
Du soufre en pleur qui sort

Bienheureux le bon mort
Le mort sauvé qui dort
Heureux les martyrs, les élus
Avec la Vierge et son Jésus
O bienheureux le mort
Le mort jugé qui dort

Un Chevalier dehors
Repose sans remords
Dans le cimetière bénit
Dans sa sieste de granit
L'homme en pierre dehors
A deux yeux sans remords

Ho je vous sens encor
Landes jaunes d'Armor
Je sens mon rosaire à mes doigts
Et le Christ en os sur le bois
A toi je baye encor
O ciel défunt d'Armor

Pardon de prier fort
Seigneur si c'est le sort
Mes yeux, deux bénitiers ardents
Le diable a mis ses doigts dedans
Pardon de crier fort
Seigneur contre le sort

J'entends le vent du nord
Qui bugle comme un cor
C'est l'hallali des trépassés
J'aboie après mon tour assez
J'entends le vent du nord
J'entends le glas du cor

(Menez Arrez.)

CRIS D'AVEUGLE de Jean Moulin

Jean Moulin Il  est le symbole et le visage même des martyrs de la Résistance. Ses oeuvres faites en Bretagne , le pays de la mort  et de l' Ankou sont prémonitoires et annonciatrices de l' holocauste mondiale et son  propre martyr qui allaient survenir quelques années plus tard.

Jean Moulin en Bretagne   André Cariou  Edition Ouest-France ( octobre 2005)

 Les douze sybilles  de la chapelle de Saint Herbot